Le gouvernement est-il bon? la patrie est dans toute sa force; devient-il vicieux? la patrie est malade; change-t-il? elle meurt. C'est alors une nouvelle patrie, et chacun est le maître de l'adopter ou d'en choisir une autre.

Lorsque toute la population d'Athènes quitta cette ville sur la foi de Thémistocle, les Athéniens abandonnèrent-ils leur patrie, ou l'emportèrent-ils avec eux sur leurs vaisseaux?

Lorsque Coriolan....

Bon Dieu! dans quelle discussion me suis-je engagé! j'oublie que je suis à cheval sur ma fenêtre.

[6] L'auteur servait en Piémont, lorsque la Savoie, où il est né, fut réunie à la France.

[CHAPITRE XXXII.]

J'avais une vieille parente de beaucoup d'esprit, dont la conversation était des plus intéressantes; mais sa mémoire, à la fois inconstante et fertile, la faisait passer souvent d'épisodes en épisodes, et de digressions en digressions, au point qu'elle était obligée d'implorer le secours de ses auditeurs: "Que voulais-je donc vous raconter?" disait-elle, et souvent aussi ses auditeurs l'avaient oublié, ce qui jetait toute la société dans un embarras inexprimable. Or, l'on a pu remarquer que le même accident m'arrive souvent dans mes narrations, et je dois convenir en effet que le plan et l'ordre de mon voyage sont exactement calqués sur l'ordre et le plan des conversations de ma tante; mais je ne demande main-forte à personne, parce que je me suis aperçu que mon sujet revient de lui-même, et au moment où je m'y attends le moins.

[CHAPITRE XXXIII.]

Les personnes qui n'approuveront pas ma dissertation sur la patrie doivent être prévenues que, depuis quelque tems, le sommeil s'emparait de moi, malgré les efforts que je faisais pour le combattre. Cependant je ne suis pas bien sûr maintenant si je m'endormis alors tout de bon, et si les choses extraordinaires que je vais raconter furent l'effet d'un rêve ou d'une vision surnaturelle.

Je vis descendre du ciel un nuage brillant qui s'approchait de moi peu à peu, et qui recouvrait, comme d'un voile transparent, une jeune personne de vingt-deux à vingt-trois ans. Je chercherais vainement des expressions pour décrire le sentiment que son aspect me fit éprouver. Sa physionomie, rayonnante de bonté et de bienveillance, avait le charme des illusions de la jeunesse, et était douce comme les rêves de l'avenir; son regard, son paisible sourire, tous ses traits, enfin, réalisaient à mes yeux l'être idéal que cherchait mon cœur depuis si long-tems, et que j'avais désespéré de rencontrer jamais.