[3] On voit que ce chapitre fut écrit en 1794; il est aisé de s'apercevoir, en lisant cet ouvrage, qu'il fut laissé et repris.
[CHAPITRE XXXIII.]
"Non, non, reste, Joannetti; reste, pauvre garçon: et toi aussi, ma Rosine, toi qui devines mes peines et qui les adoucis par tes caresses; viens, ma Rosine; viens.—V consonne et séjour."
[CHAPITRE XXXIV.]
La chute de ma chaise de poste a rendu le service au lecteur de raccourcir mon voyage d'une bonne douzaine de chapitres, parce qu'en me relevant je me trouvai vis-à-vis et tout près de mon bureau, et que je ne fus plus à tems de faire des réflexions sur le nombre d'estampes et de tableaux que j'avais encore à parcourir, et qui auraient pu alonger mes excursions sur la peinture.
En laissant donc sur la droite les portraits de Raphaël et de sa maîtresse, le chevalier d'Assas et la bergère des Alpes, et longeant sur la gauche du côté de la fenêtre, on découvre mon bureau: c'est le premier objet et le plus apparent qui se présente aux regards du voyageur, en suivant la route que je viens d'indiquer.
Il est surmonté de quelques tablettes servant de bibliothèque;—le tout est couronné par un buste qui termine la pyramide, et c'est l'objet qui contribue le plus à l'embellissement du pays. En tirant le premier tiroir à droite, on trouve une écritoire, du papier de toute espèce, des plumes toutes taillées, de la cire à cacheter.—Tout cela donnerait l'envie d'écrire à l'être le plus indolent.—Je suis sûr, ma chère Jenny, que, si tu venais à ouvrir ce tiroir par hasard, tu répondrais à la lettre que je t'écrivis l'an passé.—Dans le tiroir correspondant gisent confusément entassés les matériaux de l'histoire attendrissante de la prisonnière de Pignerol, que vous lirez bientôt, mes chers amis[4].
Entre ces deux tiroirs est un enfoncement où je jette les lettres à mesure que je les reçois: on trouve là toutes celles que j'ai reçues depuis dix ans; les plus anciennes sont rangées, selon leurs dates, en plusieurs paquets: les nouvelles sont pêle-mêle; il m'en reste plusieurs qui datent de ma première jeunesse.
Quel plaisir de revoir dans ces lettres les situations intéressantes de nos jeunes années, d'être transportés de nouveau dans ces tems heureux que nous ne reverrons plus!
Ah! comme mon cœur est plein! comme il jouit tristement, lorsque mes yeux parcourent les lignes tracées par un être qui n'existe plus! Voilà ses caractères, c'est son cœur qui conduisait sa main, c'est à moi qu'il écrivait cette lettre, et cette lettre est tout ce qui me reste de lui!