Xénophon était Athénien, du bourg d’Erchios ; on ne connaît pas bien la date de sa naissance, mais on la rapporte aux environs de l’année 445 avant notre ère. Il reçut la forte éducation, physique et intellectuelle, qu’on donnait à la jeunesse de son pays et de son temps. Il suivit des cours d’art militaire, comme il s’en faisait alors dans les principales villes de la Grèce. Enfin, pour achever le développement de ses facultés morales, il eut le bonheur de rencontrer Socrate.
Vers l’âge de dix-huit ans, il commença de servir dans la milice des péripoles, qui étaient chargés de garder les environs d’Athènes. Deux ans plus tard, on le trouve dans l’armée active. Blessé au combat de Délium où les Athéniens furent battus par les troupes de Thèbes, il fut sauvé par Socrate, qui le prit sur ses épaules et l’emporta loin du champ de bataille.
La guerre du Péloponèse ayant pris fin, et Athènes ayant succombé sous les coups de Sparte, Xénophon se laissa persuader par un ami, le Béotien Proxène, d’aller chercher fortune auprès du second fils de Darius II, Cyrus le jeune, qui gouvernait la plus grande partie de l’Asie Mineure. Après la mort de Darius et l’avénement de son fils aîné, Artaxercès Mnémon, au trône de Perse, Cyrus résolut de disputer la couronne à son frère ; il leva des troupes, appela des auxiliaires grecs, et partit. Alors commença, en 401, cette expédition des Dix mille où Xénophon, d’abord simple volontaire, s’éleva bientôt au premier rang, et dont il a écrit l’histoire.
Quand il revint à Athènes, Socrate était mort ; une démocratie jalouse, inquiète, poursuivait de ses soupçons les meilleurs citoyens. Xénophon fut accusé de laconisme, c’est-à-dire de sympathie pour Sparte et d’inclination vers un gouvernement aristocratique, comme celui que Lycurgue avait fondé en Laconie ; il fut condamné à l’exil. Agésilas lui donna une généreuse hospitalité ; les liens d’une amitié solide unirent ces deux fameux hommes de guerre. Enfin, Xénophon se retira dans l’Élide, auprès d’Olympie, à Scillonte, où se termina, après quelques autres vicissitudes, sa longue carrière ; il avait plus de quatre-vingt-dix ans quand il mourut, en 354.
Xénophon a beaucoup écrit et sur beaucoup de sujets. Les Mémoires sur Socrate et l’Apologie de Socrate sont des monuments incomparables pour l’histoire du grand réformateur de la philosophie. Le Gouvernement des Lacédémoniens et le Gouvernement des Athéniens nous font bien connaître le caractère politique des deux peuples et l’antagonisme de leurs institutions. Le Commandant de la cavalerie et le traité de l’Équitation nous ramènent vers l’art militaire qui tient une si grande place dans les ouvrages historiques de Xénophon : les Helléniques ou Histoire Grecque, suite donnée par lui au chef-d’œuvre inachevé de Thucydide, l’Anabase, la Vie d’Agésilas, et jusque dans cette Cyropédie ou Éducation de Cyrus, qui est cependant, comme on l’a justement remarqué, bien plutôt une œuvre d’imagination qu’une histoire.
Nous n’avons nommé que les principaux écrits de Xénophon ; le premier de tous, le plus achevé, le plus populaire, et nous ne saurions trop le redire, le plus digne de l’être, c’est l’Expédition des Dix mille.
La traduction qu’on va lire est due à la plume exercée de M. Eugène Talbot. Vers la fin du dernier siècle, un officier général, le comte de La Luzerne, qui fut ministre de la marine sous Louis XVI, avait consacré à l’étude du livre de Xénophon la passion d’un ami des lettres anciennes et l’intelligence d’un homme du métier. M. Talbot a profité utilement de son précieux travail.
En s’appliquant à faire connaître à leurs contemporains les principales œuvres de l’antiquité Grecque et Romaine, les traducteurs du XVIIe et du XVIIIe siècle se préoccupaient plus d’être compris que d’être exacts. C’est ainsi que, pour les magistratures, les fonctions civiles et militaires chez les anciens, ils cherchaient des équivalents chez les modernes ; il paraît que des termes tels que ceux de colonel, de mestre de camp, et d’autres de même sorte, attribués aux chefs militaires d’Athènes où de Rome, ne choquaient pas alors les lecteurs. De notre temps on est plus difficile ; mais on risque de tomber dans l’excès contraire. Comme on se défie des équivalents qui ne peuvent jamais être en effet d’une exactitude parfaite, on introduit simplement dans la traduction les dénominations grecques où latines, en leur donnant tout au plus une désinence française : hoplites, peltastes, gymnètes, etc. Cela demande cependant quelque explication. Le plus souvent, pas toujours, on fait une note ; mais l’inconvénient des notes est qu’une fois données, on ne les reproduit plus d’ordinaire, tandis que les termes qui intriguent le lecteur se représentent au contraire assez fréquemment et le forcent à rechercher, non sans peine, feuillet par feuillet, l’explication unique à laquelle il a plus d’une fois besoin de recourir.
Au lieu de notes, nous avons cru devoir placer, dans cet Avertissement même, quelques éclaircissements sur un certain nombre de termes grecs laissés, par principe d’exactitude, dans cette traduction.
L’hoplite, chez les Grecs, était le fantassin armé de toutes pièces, casque, cuirasse, cnémides ou jambières, grand bouclier qui couvrait tout le corps, depuis le cou jusqu’aux pieds, longue pique ou sarisse, épée. Les hoplites composaient le fonds de l’infanterie grecque, quelque chose comme notre infanterie de ligne.