Fernand, lui, n’allait pas chercher midi à quatorze heures et ne se détraquait pas le cerveau à creuser la signification des phrases :
— Pourvu que ça s’articule bien, je me f… du sens ! affirmait-il, non sans fierté ; ce à quoi Mésange répondait doucement :
— Tout de même, mon chéri, il vaut mieux que ça veuille dire quelque chose !
— Peuh ! crois-tu ? concluait Fernand en pirouettant sur les talons.
Et de rire.
Mais cette préoccupation qu’avait la jeune femme des nuances littéraires des textes, fut cause qu’elle put indiquer, à tout propos, des intonations justes, des inflexions appropriées que l’illustre chanteur n’aurait jamais trouvées tout seul.
— Blanche ! elle m’en remontrerait ! proclamait parfois Fernand avec étonnement.
Et de fait, privée des moyens physiques de l’expression, munie d’une faible voix aigrelette et sans timbre, presque gauche en scène, malgré sa grâce naturelle à la ville, Blanche Mésange était, certes, dans son petit doigt rose plus artiste que le mélodieux Fernand dans tout son corps avec ses belles cordes vocales !
Elle était surtout, et de beaucoup, plus intelligente que lui, elle avait beaucoup lu, beaucoup appris, beaucoup compris, et les quelques aventures d’amour de sa vie l’avaient toujours mise en contact avec des gens plus que moyennement instruits, auprès desquels elle avait appris à distinguer les différences, les modalités des mille choses de la vie ; il en résultait une petite science d’observation, une habitude de spécifier, de classer, de mettre de l’ordre dans sa compréhension. — Elle ne faisait rien sans le besoin absolu de comprendre et ne se contentait pas des à-peu-près.
Aussi quelle ressource pour l’ancien ouvrier tailleur, sorti de l’école à onze ans et réfractaire aux cours du soir, d’une ignorance relative, qui rendait forcément son cerveau malingre ! Il comprenait mal qu’une femme comme Mésange pût lui expliquer le sens du mot : « Saphique », qui se trouvait dans un couplet de Grandsec.