Alors ce fut du délire : « Encore ! Encore ! Bravo Gilette ! » Mais elle avait à filer ailleurs, dit-elle… On l’attendait chez la comtesse de Blaguapart… La vérité c’est qu’elle allait tout bêtement se coucher et n’avait nulle envie de s’éreinter le larynx !
Et ce fut au milieu d’un brouhaha flatteur que la grande femme laide et maigre traversa les salons de la vieille duchesse de X***, rieuse et farceuse, comme enchantée d’en avoir fait une bien bonne !
Après le départ de la chanteuse, un entr’acte de quelques minutes permit au noble faubourg d’aller se rafraîchir au buffet somptueusement servi.
Une ambassadrice, jolie comme un cœur, blaguait en un argot exquis des vieilles dames qui se faisaient remarquer par des chairs flicflottantes et rouges, arrivées en retard irréparablement décolletées, enguirlandées de pierreries, de fleurs, de plumes d’autruche, dont les frisottages des faux toupets de ces douairières étaient hérissés !
Ah ! les horreurs molles, étalées, ballottées sous les lustres féroces, que leur vieille impudeur exposait aux quolibets des hommes, aux grossièretés de mâles !
Était-ce par élégance qu’elles exhibaient ces nudités pitoyables, devenues impudiques par la laideur ? Est-ce là « la distinction mondaine ? » Zut alors !
Puis venaient les jeunes femmes, poupées de salons que l’oisiveté déprave, luttant d’une façon attristante avec les cocottes qui leur chipent leurs maris, ayant le même couturier que ces joyeuses, — et la même lingère surtout… Procédés sournois d’une galanterie inavouée, si misérable, si pitoyable ! Et ces maris si vains, si naïvement heureux des airs équivoques de leurs femmes, de la tentation qu’elles aiguisent autour d’elles et qui leur donne, à eux, des airs de parer la jument pour qu’un autre l’entraîne.
Toutes ces femmes bien nées, aux lèvres de courtisanes… qu’un bâton de fard fait tentantes et parées pour l’amour.
Pour qui tous ces frais ? Pour la joie de plaire ? A qui ? à leurs maris ? Rien qu’à leurs maris ?
Hum !