— Il aurait été dommage, en effet, que je m’éteignisse sans postérité !
Car il soignait son langage, depuis qu’il fréquentait les journalistes, et même, usait de l’imparfait du subjonctif plus souvent qu’il n’était nécessaire.
Il ajouta avec élan :
— Et aussi bien, puisqu’il en est ainsi, je veux que la fête soit complète ! Pas de baptême sans noce. Fais venir tes papiers, ma chère ; je t’épouse !
Mésange en resta sans voix, la bouche bée, les yeux écarquillés, avec seulement un « oh ! » de stupeur, qui s’acheva dans une crise de larmes délicieuses et dans une telle défaillance nerveuse que Fernand dut la prendre dans ses bras, poupée inerte et sanglotante, pour l’empêcher de choir sur le tapis.
Le mariage ! le mariage légitime ! avec le maire et le curé ! l’alliance en or, pour de vrai ! Le « oui » éternel avec l’homme qu’on aime ! Le mariage bourgeois, ce rêve de toutes les cabotines, petites ou grandes ! ce hâvre de grâce vers lequel cinglent en vain tant de voiles lasses des libres vents du large ! Elle y entrait, elle, Blanche Mésange, ancienne « corbeille » aux Ambassadeurs, ex-petite femme de beuglant ! Ce n’était pas un rêve, c’était la réalité, c’était la vie ! sa vie à elle !
— Ah ! mon chéri, mon chéri ! hoqueta-t-elle dans un spasme. Fernand, digne et indulgent, souriait avec l’affabilité d’un roi qui élève jusqu’à lui une bergère, touché sincèrement, pourtant, dans la partie profonde de son être que n’avait pas encore cuirassée l’induration professionnelle.
— Et tu verras si ce sera chic ! nous aurons nos portraits dans les illustrés ! reprit-il, ressaisi déjà par le métier.
Mésange, qui n’était pas du bâtiment pour rien, se redressa :
— Le mien aussi, dis ?