— Parbleu !
Et ce fut en effet « très chic ! »
La chose fut pompeuse et fort bien ordonnée. Le mariage civil, à la mairie du dixième, fut célébré dans une stricte intimité, devant les quatre témoins, le grand Petrus et l’inimitable Charlin pour l’épousée, et Mariol avec Lourbillon pour Fernand ; les deux conjoints n’ayant plus ni pères ni mères, la présence des familles, parfois compromettantes, ne gâta point l’admirable correction de la cérémonie. Le maire prononça une courte allocution sur les devoirs conjugaux, les vertus des artistes et les privilèges du talent. Après quoi l’on alla luncher.
Mésange, nerveuse, luttait pour paraître calme : mais, depuis la minute du OUI solennel, à la mairie, une émotion intense la tenaillait… elle aurait voulu en finir vite de ce déjeuner et se trouver seule avec Fernand… Un besoin qu’elle ne s’expliquait pas la poussait à exprimer à Fernand des sentiments subits et neufs qui la préoccupaient depuis le matin. Enfin les invités partirent et les mariés se trouvèrent seuls, après avoir bien recommandé à leurs témoins de ne pas les faire poser le lendemain, à l’église Saint-Laurent.
Une fois rentrés, Blanche dit tout à coup :
— C’est drôle comme cette petite cérémonie de ce matin m’a bouleversée. Je me sens tout à coup des responsabilités, vois-tu, mon chéri. Des devoirs, jamais avant je n’y avais pensé, est-ce drôle ! Demain, après l’église, nous serons tout à fait mariés… tu seras « mon mari ». Non, mais, est-ce que ça ne te fait pas quelque chose, cette histoire de mariage ? Moi, j’en suis bouleversée, mon chéri, j’ai en moi une espèce d’impression « sérieuse, » « grave ; » dame, c’est pour toujours, mon chéri… pour toujours… Quel bonheur ! Comme on va être heureux, dis ? Nous aurons un beau petit gosse… tu verras, après la visite à l’église, j’enlève mon corset pour qu’il pousse mieux ! Et en avant la bosse !
Et le soir, à l’heure du dîner, la façon dont Mésange s’assit à table et servit Fernand, prouva que c’était « madame Fernand » qui donnait ses ordres au valet de chambre, et non plus « Mésange, des Ambassadeurs » ; non pas, grands dieux, qu’il y eût de la pose dans sa tenue, oh ! non ! mais une sorte de façon réservée, une dignité correcte dans son maintien de femme très aimante, qui veut faire honneur à « son mari, » et mériter son titre de femme mariée ; épousée au grand jour, choisie devant tous par l’homme qu’elle aime. Ah ! oui ! c’est bon ! Le rêve des rêves !
La paix du cœur jusqu’à la fin de la vie ! Une vie d’amour certain, une communauté des joies et des peines, un partage de tout !
Fernand serait fier d’elle ; sûr qu’elle serait une femme modèlement fidèle, dévouée à lui et à son enfant ! Et pendant qu’en dînant elle pensait à tout cela, Fernand, lui, pensait à faire le soir même reporter des notes dans les journaux afin que nul n’ignorât que c’était bien demain la cérémonie religieuse à Saint-Laurent !…
— Quand on pense, dit tout à coup Mésange, qu’il y a de si mauvais ménages et que nous allons être si heureux ! Nous penserons ensemble, nous travaillerons ensemble, nous voyagerons ensemble, notre métier à tous les deux nous aidera à ne jamais nous quitter, puisque tu exiges toujours mon engagement quand tu signes un contrat ? Et, vois-tu, c’est la base solide du bonheur d’amour cette perpétuelle vie à deux, sans aucune raison de séparation ; quand on s’aime bien, comme nous, les séparations, fussent-elles très courtes, sont autant de petites morts. Il faut, pour éviter de s’habituer à l’absence de l’un, ne pas se quitter… et se donner un tel besoin l’un de l’autre, qu’il semble douloureux de ne pas être ensemble. Cela n’a l’air de rien, n’est-ce pas ? Eh bien ! c’est d’une extrême importance. C’est une sorte de garantie contre l’indifférence tueuse de l’amour.