Il cria :

— Hé ! je me fiche de vos lettres ! Vous pouvez les garder pour vous ! La seule chose que je constate, c’est que vous m’avez odieusement trahi, moi qui ai tant fait pour vous, et que vous avez une singulière façon de me remercier de vous avoir tiré de la dèche et de la crotte !

Grandsec, à cette phrase, changea brusquement d’attitude. Ce cabot dépassait vraiment les bornes ! La riposte fut nette :

— Pardon, mon petit ! Je ne sais pas si vous m’avez tiré de la dèche et de la crotte, mais je sais que je vous ai tiré du néant. J’ai fait de vous, la nullité même, une manière de personnalité ! Vous n’êtes qu’une baudruche que j’ai gonflée de mon souffle ! Service pour service, vous m’avez, en effet, fait gagner un peu d’argent ; mais c’est grâce à moi que vous en avez gagné beaucoup ! Et maintenant, serviteur ! J’ai assez soufflé comme cela. Je vous laisse à vos moyens propres. Je vous souhaite bien du talent et beaucoup de succès !

Et Grandsec sortit sans attendre de réponse.

Mésange et Fernand échangèrent un regard stupéfait. Le dur choc de la vérité leur avait martelé le crâne. Et la première parole prononcée fut celle-ci, dite avec désolation par la jeune femme :

— Maintenant, il va répandre cela partout !

Le soir de ce même jour, le Tsar de toutes les Russies, en personne, n’aurait pu, après neuf heures, trouver une place dans la salle du Colorado.

— Je n’ai même plus un strapontin ! déclarait d’un visage épanoui la buraliste aux survenants dont se renfrognaient aussitôt les figures.

Dans sa loge, Fernand, nerveux, causait avec Antonin Mariol.