Il s’animait en parlant, le sentimental « romancier » de tout à l’heure. Ses yeux noirs s’aiguisaient de pensée, et sa moustache frémissait sur la ciselure délicate de sa lèvre supérieure.

— Jeune homme ! prononça Lourbillon avec autorité, vous faites de la politique !

— Ah ! ouiche, j’en ai fait, mais ça m’a passé, et ça n’est pas près de me reprendre !

Il donna un coup de poing sur le guéridon.

— Les hommes sont trop bêtes, aussi ! Vous savez… non, vous ne savez pas, mais enfin vous pourriez savoir qu’il y a eu, voici huit mois à peu près, une grève des ouvriers tailleurs. A la fin, ces exploités se révoltaient. Ils demandaient une garantie, leurs places assurées, un minimum de travail et l’abolition du marchandage ! Je peux dire que j’ai été l’organisateur du mouvement et le porte-parole de tous mes camarades. Ah ! bien, oui ! ils m’ont tous lâché au bon moment ! et c’est à grand peine que j’ai pu trouver à me caser, après ! Aussi, ni, ni, c’est fini ! J’ai soupé de l’apostolat !

Blanche Mésange ouvrait sur l’orateur des yeux bleus énormes. C’est qu’il était épatant, ce garçon-là !

— Madame, messieurs, il est l’heure. On ferme ! vint annoncer le garçon rompant le charme.

— Bon, bon ! on s’en va ! Laissez ! fit Fernand, en arrêtant la main de l’incomparable comique qui se préparait à payer. Il continua :

— Je suis trop content de ne pas vous avoir trop ennuyé avec mes chansons pour ne pas vous demander de me laisser en plus le plaisir de vous offrir quelque chose !

Sur le pas de la porte, Fernand serra les mains de Lourbillon et de Blanche. Un fiacre passait à vide. La jeune femme l’arrêta.