Et, à présent, seul, raidi sur sa couche crasseuse, dans la pénombre sale de ce bouge sans air, sous la neige étouffant sa vitre, le ventre creux, le cerveau vide, Lourbillon entrait en agonie.
Le râle s’arrêta tout à coup. Et très distinctement, cette phrase retentit :
— Mon rasoir ! Voyons, mes enfants. Je ne peux pourtant pas chanter devant le Tsar avec une barbe de huit jours ?
Ses doigts de squelette se promenèrent sur ses joues creuses, où, en effet, le poil avait poussé depuis peu, et d’un accent irrité le moribond reprit :
— Mon rasoir, voyons ! ma petite Mésange. Vous savez bien que c’est une question d’avenir pour moi. Si je réussis, ça y est. Le Tsar m’emmène en Russie ! Vive la joie et les pommes de terre frites ! A nous les troïkas ; mais il faut que je me rase. J’ai la barbe très forte, moi !
Il chanta :
O mon Fernand, tous les biens de la terre…
Il s’interrompit. Le râle siffla de nouveau dans sa gorge, puis il cria :
— Cette perruque-là ! oui ! celle-là, la noire ! Elle va bien à mon genre de beauté. Mon rouge ! bon Dieu, où est mon rouge ? Lourbillon ? c’est moi, parfaitement ! Ah ! c’est mon tour ! c’est bon, c’est bon ! on y va ! La ritournelle, monsieur le chef d’orchestre, je vous en prie.
Le râle encore. Et soudain :