— Hein ? ça marche ce soir ! Un public en or, je vous dis !
Il s’était dressé sur son lit, les bras brusquement projetés en avant, un sourire crispé sur les lèvres violettes. Et ses deux mains, rigides, claquèrent tout à coup l’une contre l’autre, à plusieurs reprises.
Il clama :
— Oui ! vous êtes bien gentils. Mais je ne sais plus rien ! C’était la dernière… la… dernière !… Ah !…
C’était la dernière, en vérité. Le buste de Lourbillon eut un sursaut brusque, puis il retomba en arrière. Le cou frappa sur le fer du chevet qui vibra sous le choc. Les bras s’abattirent, et soudainement, dans un déclanchement hideux, la mâchoire inférieure s’affaissa, laissant la bouche béante. Les yeux écarquillés devinrent vitreux.
Le râle avait cessé.
....... .......... ...
Vers six heures du soir, Fernand et Mésange, qui, au reçu de la lettre de leur vieux camarade, avaient pris le train, sans rien entendre, ni les objurgations de l’impresario, ni les menaces télégraphiées de l’agent lyrique, averti, descendirent de voiture à la porte de l’hôtel. Ils s’enquirent bouleversés :
— C’est au numéro 37. Montez, c’est tout en haut ! Je ne vous accompagne pas, dit le garçon en leur donnant une lumière.
Oh ! l’horreur ignoble du bouge et l’épouvantable bâillement du cadavre ! Tout de même, pieusement, et avec des larmes sincères, Fernand et Mésange rabaissèrent sur les prunelles mortes les paupières de l’ami.