Et là, devant ce pauvre corps, un subtil et amer retour sur eux-mêmes emplit subitement leurs âmes. Et Mésange murmura :

— Lui, au moins, il aura eu quelqu’un pour lui fermer les yeux, mais nous ?…

Fernand, comme un écho d’angoisse et de doute, répéta :

— Ah ! nous !…

XXXII

Le lendemain, à la première heure possible, sous la neige fondue qui continuait à tomber du ciel sale sur le pavé gras, un misérable convoi, sordide et hâtif, prit le chemin du cimetière de Saint-Ouen. Avec les pauvres, les formalités ne sont pas longues ! Un gueux de plus à la fosse commune, plus vite c’est enfoui, mieux cela vaut ! et les sollicitudes sociales ne font pas de zèle pour si peu.

Derrière le corbillard misérable des indigents, Fernand et Mésange, à pied, suivaient seuls. Et le cocher du véhicule, pressé de terminer cette course peu lucrative, ne jugeait point — pour un mort sans importance — urgent ni nécessaire de marcher à pas comptés. En sorte que, pataugeant dans la boue, les deux derniers amis du trépassé, contraints, par moments, de presque courir, sentaient, malgré le froid vif, la sueur couler sur leurs visages que mouillaient déjà les larmes.

Seuls, Fernand et Mésange ? Non, pourtant, pas tout à fait. Un troisième fidèle escortait Lourbillon, porté dans les bras de la jeune femme, hagard, plaintif, furieux et tout hérissé.

C’était Taupin, un simple chat ! mais dont l’histoire passait en mérite celle de bien des hommes.

Taupin était un matou, tout noir, ras de poil et haut sur pattes, et d’une noblesse de gouttière incontestable. Il était pelé à la nuque, écorché au râble et quelque peu excorié, car son tempérament passionné lui avait valu de nombreuses batailles et maintes blessures au champ d’honneur et d’amour des toits parisiens.