— Eh bien ! que feriez-vous, si vous ne m’aviez pas ? avait interrogé Robert.

Il avait sept ans à cette époque.

Fernand répondit :

— Nous nous tuerions, ta maman et moi ! C’est ce que nous aurions de mieux à faire !

Alors, l’enfant, passant ses deux bras frêles autour du cou de son père, avait murmuré bien bas :

— Oh ! mon papa, je sais bien qu’on n’est pas heureux, nous trois. Je ne veux pas vous empêcher, si vous avez envie de mourir. Seulement, vous me tuerez avant, dis, n’est-ce pas ?

Robert atteignait à sa dixième année, quand une sorte d’agent marron qui recrutait des troupes lyriques pour les concerts de quarante-neuvième ordre, boîtes à soldats et goguettes de barrières, l’entendit — ce fut l’expression de cet homme distingué — « s’expliquer avec son violon ».

Tout de suite, il embaucha la famille, en bloc. « Le dab, la daronne et le salé, trois thunes l’un dans l’autre ». Quinze francs par jour. Fernand accepta. Robert gagnait sa vie avant de vivre.

XXXIV

Le café Jeanne d’Arc, à Compiègne, petite ville abondamment garnisonnée, estaminet banal pendant le jour, se transformait, le soir, en concert beuglant, à l’usage et à la disposition de messieurs les militaires.