Ce sont, aussi, des fracas de querelles, des cris, des hurlements, des plaintes. Et la dégringolade brusque jusqu’à la rue de gens qui mâchonnent des injures, tendent le poing, donnent de la canne aux murs du corridor.

Mais la concierge ferme les yeux et se bouche les oreilles. M. Premierdi paye exactement son terme…

M. Premierdi, en effet, directeur de l’Étoile des Concerts, organe hebdomadaire de l’art lyrique et, concurremment, de l’Agence la Sécurité, n’est pas un bonhomme ordinaire. M. Premierdi fut jadis un journaliste de haut vol, propriétaire d’un grand quotidien, habitué des premières, membre de plusieurs cercles, homme politique presque éligible et homme de lettres presque décoré. Depuis, il a eu des malheurs, qui n’ont pas abattu sa fierté, mais qui lui ont interdit bien des ambitions. Pris la main dans le sac dans une affaire de chantage et condamné par la justice de son pays, il a dû renoncer aux longs espoirs et aux larges pensées ! Mais, merci, mon Dieu ! il n’y a pas que cela dans la vie !… et sitôt sorti du logement ombreux et gratuit que pour un an les tribunaux lui avaient assigné pour domicile, il a su se retourner et, plus avisé que Jérôme Paturot, trouver très vite une position sociale. Il s’est intronisé bienfaiteur des arts, providence des débutants, distributeur de réclame et marchand de gloire ! Et son petit commerce, à part quelques accrocs, marche très bien.

Justement, cet après-midi, il se présentait un accroc. Lourbillon et Fernand, en pénétrant dans le sanctuaire, dénoncés par la sonnette qui tintait à chaque ouverture de l’huis, en perçurent, tout de suite, une vague idée.

Ils se trouvaient dans une petite pièce carrée, lugubre, encombrée de casiers pleins de brochures, sentant la pipe et la vieille poussière et qui servait d’antichambre au bureau de M. le directeur. — Pas de meubles ; aux murs, des affiches aux tons gueulards, aux dessins inhabiles représentant les faces et même les piles des chanteuses en vogue, des comiques en vedette, aguichant le public des rues par des œillades, des gestes, des poses engageantes, appels continuels à la foule, qui donnent aux murailles des airs de faire la retape…

Le piano s’était tu et l’on n’entendait plus que le manifeste chambard d’une discussion plutôt orageuse, déchaînée de l’autre côté de la cloison.

Des voix gutturales, colères, sauvages, alternaient avec une autre voix, onctueuse et papelarde. Et de brusques coups de poing appliqués sur des meubles scandaient la conversation.

— Zut ! dit Lourbillon, il nous embête ! Entrons tout de même !

Dans le bureau de M. le Directeur, la scène était épique. Dix Arabes, en burnous, leurs poignets bistrés menaçants hors des linges blancs, vitupéraient, en sabir, Premierdi, lequel, réfugié derrière sa table, s’essoufflait en explications plutôt confuses.

— Tiens ! les Beni-Ben-Mouctar ! s’exclama Lourbillon. Et il expliqua à Fernand :