— Ce sont des acrobates tunisiens que Premierdi a fait venir de là-bas. Ils n’ont pas fait le sou à Paris, et il est probable que Premierdi a mangé la grenouille et n’a plus l’argent pour les rapatrier ! Sale histoire ! C’est qu’ils n’ont pas l’air commode !

Le chef des Beni-Ben-Mouctar, en effet, un énorme hercule, dans toute la vigueur de la quarantaine, aux yeux sanglants dans sa figure brune, vociférait, en désignant d’un doigt maigre le coffre-fort :

— Toi pris à nous argent pour retour ! Dans caisse-là argent ! Toi, rendre, voilà et nous partir !

Les neuf autres Beni-Ben-Mouctar, appuyèrent énergiquement d’une approbation du menton l’ultimatum du chef. Ils étaient d’âges différents. Deux avaient trente ans à peu près, trois autres de vingt à vingt-cinq ans, puis c’étaient deux adolescents d’une quinzaine d’années et deux garçonnets de dix ans. Mais, tous, avec les mêmes regards noirs, fusillaient l’infortuné directeur de la Sécurité, agence de tout repos.

Et Premierdi était dans ses petits souliers.

En effet, cet argent, il l’avait touché, parbleu ! Il l’avait soigneusement retenu sur les premières recettes, médiocres pourtant, hélas ! des Beni-Ben-Mouctar. C’était, disait-il, dans leur intérêt, par mesure de précaution, et pour leur assurer un rapatriement facile. Mais il devait être loin, cet argent-là, s’il courait toujours !

— Patron, j’ai une idée ! articula soudain, entre haut et bas, une espèce de colosse blond, qui venait, comme d’une trappe, de surgir de derrière une portière, drapée au fond de la pièce.

— Ah bien ! c’est une chance. Dites vite ! suffoqua M. le Directeur de la Sécurité, qui épongeait son front chauve avec une visible inquiétude.

Le colosse blond, le premier commis de la boîte, un Américain du Nord, nommé Smith, cligna de l’œil et répondit :

— Laissez-moi faire !