Et avec une insolence de planteur domptant des nègres, roulant ses larges épaules, et abattant sur la table deux poings gros comme des melons ordinaires, il commanda :
— Un peu de silence, la tribu ! Tâchez de vous coller le long des murs et d’attendre tranquillement. On va s’occuper de vous !
Matés, les indigènes reculèrent, selon l’ordre donné. Lourbillon et Fernand, adossés, eux aussi, à la cloison, ne pipaient plus.
Et Smith, entraînant Premierdi dans l’angle le plus sourd du bureau directorial, explique de bouche à oreille :
— Voici. Il s’agit de se débarrasser de ce paquet-là, au plus juste prix. C’est très simple. Vous allez d’abord expédier les chefs de famille, le vieux-là qui est méchant et qui a appris à parler français, ce qui est fâcheux, et les deux autres gaillards qui en savent peut-être plus qu’ils n’en disent. Trois voyages, quoi ! Ces trois raseurs liquidés, on sèmera les autres, facilement. Que le diable m’étouffe si les boys livrés à eux-mêmes sont capables de s’y reconnaître ! S’ils nous embêtent, une fois les hommes partis, il y a le Dépôt, by God !
— Parfaitement ! parfaitement ! acquiesça Premierdi qui souriait béatement.
— Seulement, Smith, mon vieux, — objecta-t-il — vous oubliez que le prix de ces trois voyages, nous ne l’avons pas en caisse ! Si on ouvrait en même temps le coffre-fort et la porte, ça ferait un courant d’air !
— Bah ! fit Smith, la mère des poires n’est pas morte ! Tenez, qu’est-ce que je disais !
Au seuil du bureau, apparaissait en ce moment, glabre et maigre, un jeune homme qui, d’une voix peu assurée, demanda :
— Monsieur Premierdi, s’il vous plaît ?