— Qu’est-ce que tu chantes ? suffoqua Blanche en arrondissant ses yeux.

— Je chante ! jeta Fernand avec violence, je chante que j’aurais mieux fait de ne jamais chanter de ma vie ! Où est Lourbillon ?

Blanche demeurait effarée. Elle balbutia :

— Lourbillon ? mais il est dans la salle ! il va venir !

— Lui ? ah ! oui, comptes-y ! D’ailleurs il vaut mieux qu’il ne se mette pas sous ma patte ! Qu’est-ce que je lui conterais, à celui-là ! C’est de sa faute, tout ça ! de la tienne aussi, d’ailleurs !

— Mais qu’est-ce qu’il y a ? que s’est-il passé ? Tu es fou ! gémit Blanche en joignant les mains. Dans sa jolie figure tout en bonheur, deux grosses larmes commençaient à poindre, aux coins des paupières.

— Il y a, cria Fernand exaspéré, que je viens de ramasser la bûche ! mais là, la vraie ! celle de Noël ! Et que c’est à vous deux, à Lourbillon et à toi, que je dois ça ! car sans vous, le diable m’emporte si je serais jamais monté sur vos sales planches, me faire charrier par votre sale public !

— Toc ! toc ! on peut entrer ? fit à ce moment une voix aimable. Et Antonin Mariol, jeune, souriant et tranquille, apparut au seuil de la loge.

— Ah ! monsieur Mariol ! je suis un homme perdu ! Je vais me jeter à l’eau ! Et quand je pense que vous avez signé avec moi ! hoqueta Fernand qui se mit à sangloter, à bout de nerfs, effondré comme un petit enfant.

— Mais, fit Mariol avec affabilité, je suis enchanté, mon cher ami, d’avoir signé avec vous, ou du moins, — il se reprit — d’avoir fait signer madame Langlet ! Que vous arrive-t-il ? vous êtes indisposé ?