Fernand le regarda, stupide d’effarement :
— Mais… ma tape de ce soir ?
— Votre tape ? Où prenez-vous une tape ? Vous n’avez peut-être pas décroché tout le succès auquel on pouvait s’attendre. Mais voilà tout. C’est à recommencer simplement. Vous avez été applaudi en somme !
— Oh ! par qui ?
— Par les gens d’en haut ! Ceux qui font durables les carrières d’artistes ! Rassurez-vous ! je vous ai entendu. C’était très bien ! Les petites places vous gobent. Tout est là ! Les autres, ça ira tout seul. On paiera les journalistes qui feront payer les gens du monde !
— Oh ! monsieur Mariol.
— Seulement, vous avez eu tort de ne pas suivre mon conseil. Il faut vous créer un répertoire et un genre à vous ! Que diable ! les auteurs et les musiciens ne manquent pas ! Allez les voir. Montez à Montmartre. C’est le pays qui en produit le plus ! Ces gens-là vous fabriqueront sur mesure des machines originales et c’est vous qui en récolterez tout le bénéfice, la publicité et la galette !
Il s’en allait. Il ajouta :
— Surtout plus de rengaines ! de ponts neufs ! Dégoisez de l’inédit, fût-il stupide ! Ça portera avec votre voix… Voyez Sufreid à Montmartre ; ses chansons passent pour spirituelles, elles sont au-dessous de tout : le tout est de s’imposer. Nous vous imposerons.
Il n’était déjà plus là, le suave Antonin Mariol, quand Blanche, s’approchant de Fernand, le réconforta un peu :