— Des auteurs ? mon chéri. J’en connais des bottes ! Je t’en indiquerai qui sont épatants, si tu veux ! proposa-t-elle en l’aidant à dégager son bras de la manche du bel habit azur à boutons d’argent, qui venait d’aller à la peine sans être à l’honneur. Habit de polichinelle cassé et démantibulé, habit confident des troubles et des peines, des espoirs et des défaillances, qui semblez brillant ou piteux selon que vous avez été à la gloire ou à la défaite, quand vous serez fané et jeté dans un coin, si vous pouviez alors nous raconter l’histoire de vos espoirs déçus, quelle leçon pour nos vanités !
X
Le cabaret de la Tarentule montmartroise n’occupait pas, en façade, un espace énorme sur le boulevard Rochechouart, mais il possédait des profondeurs.
Une simple boutique, en vérité, vue du trottoir… un temple ! sitôt le seuil passé.
Bistro, café. Puis le sanctuaire. C’est bien là l’impression que Fernand ressentit quand Lourbillon l’amena en ce lieu.
Car Lourbillon s’était ressaisi. Consterné, déconfit, prostré après la défaite de son disciple, à la première soirée classique du Colorado, il avait virilement, ce soir-là, soir de tristesse et de doute, pris la résolution de ne plus connaître Fernand. Et, négligeant de lui apporter en sa loge des condoléances oiseuses, il était parti, à l’anglaise, avec le public.
Mais, deux jours après, Lourbillon avait appris que la « tape » était considérée comme nulle et non avenue par l’administration, et que son poulain gardait encore des chances, outsider tiré sans doute et réservé pour un grand prix futur !
Aussi, la bouche en cœur, et sincèrement, somme toute, — car, au fond, qui saura jamais ce qu’il peut entrer de délicatesse invisible dans une muflerie patente, et si ce n’était pas par timidité d’amitié souffrante que Lourbillon avait salement lâché Fernand dans le malheur ? — sincèrement, donc, et tous les sourires aux lèvres, le vieux comique revint déjeuner chez son ami ; la cuisine était excellente, au reste.
Et aujourd’hui, Lourbillon emmenait son petit Fernand à la Tarentule, pour lui « dégoter » un auteur !
Bistro, café, sanctuaire.