—Si vraiment, mon enfant, et bien souvent j'ai grand besoin de sommeil encore quand je me lève.

—Alors, petite mère, pourquoi vous levez-vous, puisque vous êtes libre de rester au lit?

—Ma fille, la journée est à peine suffisante pour me permettre de remplir tous mes devoirs; et si le matin je me levais tard, beaucoup de choses seraient en souffrance; je ferais donc mal en restant au lit: et l'on n'a jamais la liberté de mal faire.»

LE PETIT AGNEAU.

Julie était une petite fille très-pauvre qui demandait l'aumône avec sa grand'mère aveugle; elles demeuraient toutes les deux dans une vieille étable qu'on leur louait dix francs par an.

Un jour que Julie était allée au bois ramasser des branches mortes, pour faire un peu de feu à sa pauvre grand'mère, elle trouva un joli petit agneau abandonné qui la suivit jusque chez elle. Quand elle eut déposé son bois dans un coin de leur chambre, elle mena l'agneau de porte en porte pour que ceux qui l'avaient perdu pussent le reconnaître: mais, comme il n'appartenait à personne dans le village et qu'on ne savait pas d'où il venait, Julie le garda.

Dès le matin, elle allait lui cueillir un peu d'herbe le long des buissons, avant que sa grand'mère fût levée. Puis elle menait l'agneau par les chemins, en allant chercher son pain dans la campagne, et le soir elle lui en donnait toujours un peu. Et pourtant la pauvre petite en avait souvent bien juste pour son souper; mais, quand elle avait partagé avec son cher agneau, elle oubliait qu'elle eût encore faim.

Cette jolie petite bête semblait comprendre la grande amitié de sa maîtresse: elle la suivait partout, et bêlait sans cesse quand elle s'en trouvait éloignée.

Quand Julie était obligée de rester auprès de sa grand'mère, qui était souvent malade, les bergères du village, chacune à son tour, menaient aux champs le petit agneau avec leur troupeau; et le soir il savait bien revenir tout seul à la porte de sa maîtresse, où il bêlait jusqu'à ce qu'elle la lui eût ouverte.

Pendant l'hiver, l'agneau coucha sur le pied du lit où Julie dormait avec sa grand'mère, et les réchauffa toutes les deux; ce qui leur fit grand bien, car elles n'avaient pour la nuit qu'une mauvaise couverture tout usée.