Jacques ne leur répondait pas, sentant bien qu'il avait mérité qu'on le raillât ainsi; mais il fut touché de la grande bonté de Pierre qui prenait sa défense, et pourtant Jacques l'avait souvent humilié! Ce qui n'empêchait pas l'autre de le traiter plutôt en frère qu'en domestique. Le malheur le rendit doux et humble. Il pensa beaucoup à tout ce qui lui était arrivé, et finit par se trouver heureux dans sa pauvreté, parce qu'il se sentait débarrassé de toute la vanité qui emplissait son coeur auparavant; et aussi parce qu'on commençait à l'aimer dans le village.
LES TARTELETTES.
Pierrette avait une marraine qu'elle aimait beaucoup. Elle allait la voir de temps en temps, et il fallait une heure pour aller jusque chez elle, et une heure pour en revenir; mais Pierrette avait tant de plaisir à voir sa marraine qu'elle ne se plaignait jamais de la longueur du chemin.
Le père de Pierrette avait des pigeons qui eurent de si jolis petits, que l'enfant voulut en élever elle-même une paire, afin de les offrir à sa marraine le jour de sa fête. Quand ils mangèrent seuls, elle les plaça dans le cabinet où elle couchait. Elle en eut tant de soin qu'en peu de temps ils furent apprivoisés. Ils venaient manger dans la main de leur petite maîtresse, et la suivaient quand elle allait dans son jardin. S'ils volaient sur le toit de la maison, ils venaient se poser sur son épaule ou sur son bras aussitôt qu'elle les appelait.
Vers la Saint-Pierre, les petits pigeons étaient dans toute leur beauté; leur cou changeait de couleur au moindre mouvement qu'ils faisaient; celui du mâle était tantôt bleu, tantôt rouge et puis violet; la petite femelle avait des couleurs moins foncées: elle était rose et verte, puis lilas; enfin, rien n'était plus joli à voir que ces deux petits animaux.
La veille de la fête de sa marraine, Pierrette mit ses plus beaux habits et fit un gros bouquet des plus belles fleurs de son jardin; puis elle partit toute seule, pour aller lui porter les pigeons.
Elle trouva grande compagnie chez sa marraine, à qui l'on avait donné beaucoup de biscuits et de gâteaux pour sa fête. Toute la famille était à table, et Pierrette fut comme honteuse de se trouver au milieu de tant de monde.
La marraine trouva les pigeons charmants; elle embrassa Pierrette et la fit placer auprès d'elle, afin qu'elle goûtât de toutes les bonnes choses qui étaient sur la table.
Quand la petite voulut s'en retourner chez sa mère, on lui donna trois tartelettes: une pour elle, et les deux autres pour ses petits frères. On les enveloppa dans un papier très-propre, et Pierrette les porta à la main.
En passant le long du ruisseau, Pierrette trouva quatre petits garçons qui pêchaient des écrevisses. Elle ne s'arrêta pas pour les regarder, parce que sa maman lui avait défendu de parler aux petits garçons et de jouer avec eux. Le plus grand des quatre, qui avait bien douze ans, lui dit: