—Et elle fera bien. Mais quand même elle ne saurait pas que c'est toi qui as pris son oeuf, je ne te laisserai plus aller chez elle, moi qui sais maintenant qu'on ne peut pas avoir confiance en toi. Je vais te rhabiller, et tu y viendras avec moi.»

La Nanne traîna plutôt qu'elle ne mena sa fille chez la mère Desloges, qui, en l'entendant crier comme si on l'eût battue, demanda ce qu'elle avait.

«Elle pleure de honte, parce que c'est elle qui a pris votre oeuf, dit la Nanne, et elle vient vous en demander pardon. Moi, je vous apporte un autre oeuf, et je vous supplie de ne point parler de tout cela dans le village, car les enfants ne voudraient plus souffrir Fanchette et l'appelleraient voleuse. Surtout n'en soufflez mot au père! il la battrait, lui qui tient tant à l'honneur, et il ne lui pardonnerait jamais d'avoir volé.»

La mère Desloges pardonna à Fanchette, et ne parla jamais à personne de cette mauvaise action.

Dans la suite, quand la mère de Fanchette sortait de la maison, et lui disait:

«Sors avec moi; je ne veux pas te laisser seule, car je n'ai point oublié l'affaire de l'oeuf.»

Fanchette répondait:

«Soyez tranquille, maman, je ne veux rien prendre, allez! j'aimerais mieux mourir de faim; la faim fait moins de mal que l'idée d'avoir fait une faute. J'ai été trop malheureuse pendant toute la journée où j'avais cet oeuf dans ma poche, pour l'oublier jamais.»

L'ENFANT AVISÉ

Depuis deux jours, Vincent Vermont avait quitté sa cabane, bâtie sous un rocher qui lui servait d'abri. Il guidait les voyageurs qui voulaient gravir une haute montagne, et sa femme, Thérèse, était restée seule avec Léonard, leur fils unique, qui avait dix ans.