«En as-tu beaucoup de semblables, mon enfant? dit-elle à Victorine.
—Non, marraine, répondit l'enfant; notre abricotier n'a donné que ces six-là.
—Cela ne m'étonne pas, car tous les arbres ont gelé en fleur cette année. Mais tu n'en as donc pas goûté, toi qui les aimes tant?
—Mon Dieu non, répondit la mère. L'autre semaine, elle voulait abattre le premier qui a jauni; mais quand je lui eus dit que je les gardais pour vous, elle n'y a plus touché.
—C'est bien gentil cela, ma petite, et je vais te donner le plus gros pour te récompenser de ta retenue.
—Non, marraine, merci; je ne mérite pas de récompense.
—Pourquoi donc, Victorine?
—Parce que j'ai bien manqué de faire un péché avant de venir ici.»
Alors elle raconta la tentation qu'elle avait eue, et combien peu il s'en était fallu qu'elle ne mît la dent sur le fruit qui lui semblait si appétissant; mais le bon Dieu lui avait donné la force de résister.
«Mon enfant, dit la marraine, tu vas manger là, devant moi, cet abricot qui te faisait tant d'envie. Si tu écoutes toujours ainsi la voix de ta conscience, tu seras une honnête petite fille et tout le monde t'estimera.»