LE BON PETIT GARÇON.
Claude, orphelin de l'hospice, avait été placé par les soeurs dans un domaine où il gardait trois vaches et un taureau d'un an. Quoiqu'il n'eût que dix ans, il soignait si bien ses bêtes, que l'on n'avait pas besoin de lui dire de leur faire la litière et de nettoyer l'étable. Tous les matins, avant de les faire sortir, il les étrillait; et, après les avoir ramenées des champs, il allait de lui-même leur chercher de l'herbe et en rapportait des paquets plus gros que lui. Aussi ses vaches étaient-elles les plus belles et les plus propres du village; leur poil était doux et luisant, et leur lait donnait le meilleur beurre de la contrée.
Un jour qu'il menait boire son bétail, il vit dans la rivière un tout petit chien caniche qu'on avait jeté à l'eau pour le noyer. La pauvre bête faisait de grands efforts pour nager, mais elle n'était pas assez forte pour se soutenir sur l'eau. L'orphelin en eut pitié; il descendit dans la rivière, et, avec son bâton, il tâcha d'attirer à lui ce petit chien. Il y réussit avec bien de la peine. Quand il l'eut tiré de l'eau, il l'essuya avec son mouchoir, puis il le mit dans son gilet pour le réchauffer.
La maîtresse, en voyant ce petit chien, dit: «Que vas-tu donc faire de ça, Claude?
—Maîtresse, je veux tâcher de l'élever.
—Mon garçon, il est trop petit, il va mourir.
—Oh! maîtresse, si vous vouliez seulement me donner un peu de lait caillé tous les jours, j'émietterais dedans la mie de mon pain et je le sauverais bien.
—Il n'est pourtant pas beau, ton chien; je ne comprends pas ce qui t'y attache.
—Maîtresse, ça m'a fait tant de peine de le voir se débattre contre la mort! Je l'ai aimé tout de suite, comme s'il y avait déjà longtemps qu'il fût à moi.»
Claude couchait à l'étable dans une espèce de grande boîte remplie de paille, et il y fit aussi coucher son chien, qu'il appela Sauvé.