Chaque matin, quand la maîtresse coulait son lait, elle en laissait toujours un peu au fond du seau où elle l'avait trait, par amitié pour Claude; car il était si travailleur, si obéissant, qu'elle voulut l'en récompenser en l'aidant à élever son chien.
Sauvé grandit et devint très-fort; il ne quittait pas son petit maître qui, quand il était aux champs, n'avait pas besoin de veiller à ses vaches; le caniche, animal très-intelligent, les gardait tout seul, et l'enfant employait son temps à faire des manches de fouet qu'il vendait au bourrelier de la ville; ou bien, il tressait de la paille pour faire des chapeaux, ce qui lui rapportait un peu d'argent.
Lorsque Claude était à la maison, Sauvé se posait devant lui, les yeux fixés sur ceux de son petit maître, lequel, quand il voulait lui faire faire quelque chose, n'avait pas besoin de lui parler, mais se contentait de le regarder. Il lui avait appris toute sorte de tours: ainsi, Sauvé ôtait le chapeau des hommes sans qu'ils le sentissent; il ouvrait les portes fermées au loquet; il dansait, rapportait; enfin c'était un grand nageur.
Un soir que tous les pâtres étaient dans la prairie après la fauche des foins, deux petits garçons se querellèrent et finirent par se battre. Claude, qui trouvait cela bien mal, essaya de les séparer. Les deux gamins tournèrent leur colère contre lui et le bousculèrent si bien qu'ils le poussèrent jusque dans la rivière. Alors ils eurent grand'peur et se mirent à crier au secours.
Le pauvre Claude alla tout de suite au fond, puis il revint sur l'eau. Sauvé se jeta à la nage, prit son petit maître par sa blouse, et le tira pendant l'espace de plus de cent pas, parce que la rive était trop haute pour qu'il pût aborder.
Claude, qui avait bu plus d'un coup dans la rivière, se sentit bien malade quand il fut hors de l'eau; il ramena ses vaches à l'étable et raconta ce qui venait de lui arriver. La maîtresse le fit mettre au lit et lui apporta une bonne rôtie au vin sucré pour réchauffer son estomac.
Depuis que Claude devait la vie à son chien, il s'y attacha davantage, s'il est possible, et on ne les voyait jamais l'un sans l'autre.
LA PETITE MÉNAGÈRE.
Rose n'avait que douze ans quand elle perdit sa mère, qui laissait cinq pauvres petits enfants dont Rose était l'aînée.
Le soir, après l'enterrement, le père l'aida à coucher tous les petits; et, quand ils furent endormis, il prit Rose sur ses genoux et lui dit: