«Ma Rose, je suis bien content de toi. Si tu continues à être une bonne petite ménagère, nous nous sauverons de la misère qui nous menace.»

Rose fila pendant le reste de la journée, et le soir elle apprêta le souper. Quand tout le monde eut mangé, elle coucha les petits, pendant que son père pansait la vache et lui donnait de la pâture pour la nuit.

Tous les jours elle en faisait autant, et tout le monde, voyant son grand courage, l'appelait la petite ménagère. Quand elle avait du pain à faire, ses voisines s'empressaient de venir à son aide. L'une chauffait le four, tandis que l'autre pétrissait la pâte; car il eût été impossible à l'enfant d'en venir à bout toute seule. Elles l'aidaient aussi à couler sa lessive, ainsi qu'à la laver.

Suzanne apprit aussi à filer, et elles finirent le chanvre que leur pauvre mère avait laissé; puis elles filèrent pour la femme du maire, et gagnèrent l'argent nécessaire à payer la façon de leur toile.

Rose était une véritable mère pour ses frères et ses soeurs; elle les tenait fort propres, et ne manquait jamais de leur faire dire leur prière matin et soir. Le dimanche, après leur avoir mis leurs beaux habits, elle les conduisait à la messe et les gardait auprès d'elle, ne souffrant pas qu'ils courussent dans l'église comme font quelquefois les enfants.

Le bon Dieu la bénit, et elle devint une grande et belle jeune fille. Comme elle était laborieuse, rangée et économe, le gain de son père et celui de Simon, qui s'était mis en service, ne se dépensaient pas tout entiers à la maison. Ils achetèrent une chènevière, puis, un peu plus tard, un petit pré pour la vache. Enfin, tout le monde aimait et estimait Rose, et M. le curé avait coutume de dire que si toutes les filles du village étaient aussi sages et aussi travailleuses que la petite ménagère, sa paroisse serait la plus aisée du canton.

LE PETIT COLPORTEUR.

La mère Marchais était une pauvre veuve qui avait perdu tous ses enfants. La plus jeune de ses filles, veuve aussi, lui avait laissé en mourant un petit garçon qu'elle élevait de son mieux. Comme elle était au pain de charité, et que le peu d'argent qu'elle gagnait en filant n'eût pas suffi pour nourrir son petit Toine, elle aurait été obligée de l'envoyer mendier, en attendant qu'il fût en âge de servir dans quelque ferme, si des personnes charitables n'eussent habillé l'enfant et payé le loyer de la grand'mère. Au lieu de laisser vagabonder le petit Toine, la bonne vieille l'envoya à l'école, où il apprit à bien lire, à écrire et à compter. Il fit sa première communion à douze ans, et ensuite il dit à sa grand'mère:

«Maintenant que je suis grand, je puis gagner ma vie comme vous; mais je ne me sens pas de goût pour garder les bestiaux, parce qu'il me semble que je ne pourrais pas rester toute une journée les bras croisés à regarder paître mes bêtes. J'ai dans l'idée que si je pouvais faire un petit commerce, je ne m'en tirerais pas mal; j'irais de ferme en ferme, de village en village, et chaque soir je reviendrais souper avec vous; de cette façon-là, nous resterions ensemble, et nous serions bien plus heureux que si je vous quittais pour aller en condition.