—Et de l'argent, mon pauvre garçon? où donc en prendre? Sans argent, point de commerce.
—Grand'mère, si nous allions voir M. le curé qui est si bon? je suis bien sûr qu'il ne se refuserait pas à me prêter cinq francs; et, comme je ne plaindrai pas ma peine, je les lui aurai bientôt rendus.»
Ils allèrent donc chez M. le curé, qui prêta volontiers cinq francs à Toine, parce qu'il l'avait toujours connu pour un enfant sage et de bonne conduite; il lui recommanda d'être honnête garçon dans son petit commerce, et de ne tromper personne.
La mère Marchais donna au charron du village trois francs qu'elle économisait depuis longtemps, pour qu'il fît une boîte au petit Toine, qui la demanda en bois blanc, afin qu'elle fût plus légère; et l'on y mit des charnières et un cadenas.
Quand Toine eut sa boîte, il mit ses habits des dimanches, et fut en ville avec sa grand'mère, chez un marchand mercier, à qui il raconta son projet d'être colporteur; il lui dit aussi que c'était M. le curé qui lui avait prêté cinq francs pour acheter de la marchandise.
Le marchand était un brave homme; voyant un enfant de si bonne mine et de si bon courage, il lui fit une fourniture complète qui monta à dix francs, en lui faisant crédit de cinq francs; il remplit la boîte de lacets, de ganses, d'épingles, d'aiguilles, et même d'allumettes chimiques, sans compter le cirage, le coton à coudre et à marquer, et le fil noir et blanc.
Toine revint bien content au village. Chaque matin, il se levait avant le soleil et partait pour aller de côté et d'autre vendre sa marchandise. Les premières semaines, il rentra tous les soirs, puis ensuite il s'aventura plus loin; quand il ne pouvait pas revenir le soir, il couchait dans le fenil d'une métairie quelconque, et on lui donnait toujours à souper sans le faire payer, car les gens de la campagne ont bon coeur, et tout le monde s'intéressait à cet enfant, en lui voyant un si grand désir de gagner honnêtement sa vie.
Au bout de trois semaines il eut tout vendu. Il voulut payer au marchand ce que celui-ci lui avait avancé. Mais, en voyant combien Toine s'était donné de peine, le marchand fit un nouveau crédit de cinq francs, et cette fois Toine emporta pour quinze francs d'objets différents, parmi lesquels se trouvait une pièce de dentelle à trois sous le mètre.
Toine partit du village en laissant quelques sous à sa grand'mère, et lui dit qu'il ne reviendrait pas de la semaine, parce qu'il voulait aller au loin pour se faire de nouvelles pratiques. En effet, il ne rentra que le dimanche au matin, après avoir vendu presque tout le contenu de sa boîte. Après la messe, il alla trouver M. le curé à qui il rendit les cinq francs qu'il avait eu la bonté de lui prêter, et il le remercia beaucoup. Il lui devait le bonheur de gagner la vie de sa vieille grand'mère; car, sans cet argent, il n'eût pu commencer son petit commerce et on ne lui aurait pas fait crédit.