—Tu me parais bien jeune. Quel âge as-tu donc?
—J'aurai sept ans à la Toussaint, et j'ai bon courage; voyez-vous, père Martial, nous sommes bien pauvres, et je vois que ma grand'mère ne mange pas à sa faim pour que j'aie une meilleure part; moi, je ne veux plus qu'il en soit comme ça; je veux gagner de l'argent, au contraire, pour soulager la pauvre femme.
—C'est bien, cela, mon Matthieu! aux enfants de ton âge je donne dix francs pour la saison; je les nourris, je les loge, et je leur laisse leurs petits profits; car il y a de bonnes âmes qui, après m'avoir payé, donnent encore quelques sous au petit ramoneur. Mais pourras-tu supporter la fatigue?
—Oh! que oui, père Martial! comme vous ne partirez pas avant un mois, je vais m'accoutumer à monter dans les cheminées et à les ramoner le mieux que je le pourrai, afin de savoir un peu le métier quand vous me prendrez.
—C'est que, petit, dans les maisons des villes les cheminées sont trois fois plus hautes que celles de notre village; tu auras peut-être peur d'y monter?
—Si la peur me prend, père Martial, je penserai que je travaille pour ma chère grand'mère, et ça me donnera du coeur.
—Tu es un brave enfant, Matthieu; je te prendrai avec moi, et je donnerai vingt francs à ta grand'mère en partant.
—Merci, mon père Martial; avec cela, elle pourra s'acheter une bonne couverture pour son hiver.»
La bonne grand'mère eut bien de la peine à laisser partir son petit enfant; mais comme il était nécessaire qu'il s'accoutumât de bonne heure au travail, elle le recommanda au père Martial, l'embrassa bien fort, et fit dire une messe pour lui.
Matthieu resta quatre ans avec le père Martial, et finit par gagner quarante-huit francs pour son année. Mais dans l'hiver de la cinquième année, comme ils étaient à Paris, le père Martial fut renversé par une grosse voiture; on le porta à l'hôpital, et il y mourut.