Cette parole frappa Daniel et lui fit comprendre combien sa soeur valait mieux que lui. Il se promit de travailler autant qu'elle, et de gagner aussi de l'argent aussitôt qu'il serait guéri.

La première fois qu'on lui permit de rester levé, sa soeur lui donna un pantalon tout neuf, en étoffe bien chaude, et un bon paletot, car on était en hiver. Elle avait économisé tout l'été pour s'acheter un manteau, dont elle avait un grand besoin; mais quand elle vit Daniel dans un si triste état, elle dépensa toutes ses épargnes pour l'habiller chaudement.

Le pauvre garçon fondit en larmes en recevant ce cadeau. Il embrassa Emilie comme il ne l'avait encore jamais embrassée. Aussitôt qu'il put marcher, Daniel entra en apprentissage chez un tailleur, et se mit à travailler de grand coeur. Il ne tarda guère à gagner de l'argent, qu'il remettait à sa soeur, comme faisait son père; et, par la suite, il n'eut jamais de mauvaises paroles pour elle ni pour personne.

LE RAMONEUR.

Le petit Matthieu n'avait pas cinq ans lorsqu'il perdit son père et sa mère. Il ne lui resta que sa grand'mère, qui était bien pauvre; mais tant que l'enfant fut tout petit, il ne s'aperçut pas de cette grande pauvreté; car s'il n'y avait de pitance que pour un dans la maison, la grand'mère mangeait son pain sec pendant que Matthieu s'amusait avec les autres enfants du village; de sorte qu'il ne se doutait pas des privations que la bonne vieille s'imposait; et lorsqu'il n'y avait pas assez de pain pour deux, la pauvre femme faisait semblant d'être malade pour ne pas manger, et pour laisser à l'enfant le peu qui restait.

Mais quand Matthieu eut sept ans, il s'aperçut que sa bonne grand'mère le trompait; alors il résolut de s'engager comme ramoneur, afin de ne plus être à sa charge. Il alla trouver le père Martial, ramoneur juré qui, chaque année, emmenait deux ou trois petits garçons avec lui.

«Père Martial, lui dit-il, avez-vous un petit ramoneur cette année?

—Non, mon garçon; pourquoi demandes-tu cela?

—Parce que j'ai bien envie d'aller avec vous. Voulez-vous me prendre?