«Le premier jour, il rapporta cinquante centimes, qu'il remit à sa maîtresse pour qu'elle les lui gardât.
«Allons, petit, lui dit-elle, c'est un bon commencement; continue à travailler! avec du courage et de l'économie, l'on amasse toujours quelque chose.»
Au bout de la semaine, Matthieu eut quatre francs; l'idée que sa grand'mère aurait ses aises l'hiver suivant, lui donna une grande joie. Il acheta un balai pour nettoyer la boue ou la neige dans les passages les plus fréquentés, comme il l'avait vu faire à d'autres enfants. Il faisait les commissions dans une grande auberge où il cirait les souliers par abonnement. Le soir, il gardait les chevaux pendant que les cochers buvaient bouteille. Enfin, vers Pâques, il avait quatre-vingts francs!
Il aimait tant le maréchal et sa femme, qui étaient pleins de bontés pour lui, qu'il cherchait tout ce qui pouvait leur faire plaisir. Chaque jour, il se levait le premier, rangeait la boutique, allumait le feu de la forge; puis il allait à la fontaine chercher la provision d'eau de la journée. Quand la femme du maréchal était levée, Matthieu frottait sa chambre. Enfin, il aurait voulu, si c'eût été possible, lui épargner toute espèce de fatigue.
Quand vint le dimanche des Rameaux, Matthieu fut triste; il ne mangeait pas et ne chantait plus. Sa maîtresse s'en inquiéta et lui demanda s'il était malade.
«Non, bourgeoise, lui répondit l'enfant.
—Mais alors tu as donc du chagrin?»
Matthieu baissa la tête et ne répondit pas.
«Voyons, petit, conte-moi cela, et je te consolerai, j'en suis sûre.
—Bourgeoise, c'est que j'ai coutume d'aller voir ma grand'mère tous les ans après Pâques.