—Et qui t'empêche d'y aller, mon enfant?
—Mais, quand je reviendrai...?
—Eh bien! quand tu reviendras, nous te reprendrons.
—Bien sûr, bourgeoise?
—Bien sûr; seulement je ne voudrais pas que tu partisses tout seul.
—Oh! soyez tranquille; je trouverai bien un pays; presque tous retournent passer l'été chez eux.»
Le soir, Matthieu annonça qu'il avait trouvé un de ses cousins, qui allait précisément dans son village acheter un morceau de terre avec l'argent qu'il avait gagné dans le commerce du charbon.
Huit jours après Pâques, Matthieu partit le visage tout trempé de larmes, tant il avait de chagrin de quitter le maréchal et sa femme; et pourtant, au fond du coeur, il était bien heureux d'aller voir sa pauvre grand'mère, et surtout de lui porter tant d'argent.
La vieille femme eut de la peine à reconnaître son petit Matthieu, tant la bonne nourriture qu'il avait chez le maréchal lui avait bien profité. Elle ne pouvait croire qu'il eût gagné une si grosse somme, à lui tout seul.
«Et tout cela est pour vous, grand'mère, dit Matthieu en l'embrassant; soyez tranquille, je vous en gagnerai bien d'autre.» Pendant le mois qu'il passa en Auvergne, il vit souvent le cousin avec lequel il était venu; puis ils repartirent tous les deux pour Paris. Cet homme trouva Matthieu si intelligent et si raisonnable pour son âge, qu'il le prit en grande amitié. Il lui vint à l'idée de l'adopter comme son enfant, car il n'en avait pas, et de le mettre au fait de son commerce.