A leur retour à Paris, le cousin conduisit Matthieu chez le maréchal, qui le reçut à bras ouverts; il s'informa de la conduite de l'enfant depuis qu'on l'avait recueilli; et comme les renseignements qu'on lui donna furent excellents, il lui proposa de le prendre avec lui.
«Mais, dit Matthieu, je ne gagnerai donc plus rien pour ma grand'mère?
—Je te donnerai soixante-douze francs pour elle cette année, et si tu te conduis bien, si tu es travailleur et soigneux, tu auras davantage l'année prochaine.
—Et la bourgeoise! et le maréchal! je ne les verrai donc plus?
—Tu auras les dimanches à toi, et tu pourras venir ici. Écoute-moi bien! Si tu es toujours bon sujet, je te laisserai mon fonds quand tu auras vingt ans.
—Quoi, mon cousin! dans huit ans je pourrais être mon maître et avoir une boutique à moi?
—Il ne tiendra qu'à toi.
—Oh! soyez tranquille, mon cousin, vous n'aurez jamais de reproches à me faire.
—Vous ne sauriez mieux choisir, dit la femme du maréchal; Matthieu est actif et intelligent; et non-seulement il vous aidera beaucoup dans le détail de votre commerce, mais il sera une compagnie agréable pour vous et votre femme, car il est tout aimable, ce cher enfant.»
Les choses se passèrent comme l'avait dit le cousin. Matthieu fut toujours sage et laborieux, et son cousin, en se retirant en Auvergne, lui laissa son commerce et ses pratiques. Matthieu fit venir sa grand'mère pour demeurer avec lui; la bonne vieille finit doucement sa vie dans l'aisance, comblée des soins affectueux de son petit-fils.