—C'est bien mal ce que tu me dis là, Estelle!

—Si tu voulais me le donner, toi à qui il n'a pas l'air de faire grand plaisir?

—C'est impossible, puisque c'est mon parrain qui me l'a donné! Tu sais bien que ne pas conserver ce qu'on vous donne, c'est manquer à l'amitié: mon parrain serait fâché, et il aurait raison.

—Si tu avais un bon coeur, tu ne trouverais pas toutes ces raisons de me refuser ce que je te demande.

—Mais, Estelle, tu n'es pas raisonnable du tout!»

Estelle, impatientée de ce que sa soeur ne voulait pas lui donner son nécessaire, le lui arracha des mains et le jeta au loin. Heureusement que l'autre petite fille était fort agile: elle rattrapa la jolie petite boîte avant qu'elle fût tombée à terre, où bien certainement elle se serait brisée. Alors Estelle quitta la chambre en disant:

«Tu t'en repentiras!»

Ceci se passait le matin, pendant la récréation des petites filles. Peu de temps après, le maître de piano arriva, et la soeur d'Estelle prit sa leçon. Quand elle l'eut terminée, elle appela sa soeur pour venir prendre la sienne à son tour; mais Estelle ne répondit pas. Sa bonne la chercha dans toute la maison et ne put la trouver. Comme M. Savigny venait de monter en voiture pour aller faire une petite course à la campagne, on supposa qu'il avait emmené sa fille pour la consoler un peu, car il la gâtait beaucoup; et Mme Savigny l'excusa auprès du maître de piano.

Le père rentra juste au moment où l'on se mettait à table, et sa première parole, en entrant dans la salle à manger, fut pour demander Estelle.