Les couvreurs vinrent raccommoder le toit de la grange, Charles, voyant un jeune ouvrier monter à l'échelle et marcher sur le toit, dit qu'il en ferait bien autant. Son père et sa mère étaient allés à la ville, et la bonne, effrayée de ce nouveau caprice, essaya de l'en détourner; mais elle ne put y réussir. Ne sachant pas résister à la volonté de l'enfant gâté, et, d'un autre côté, craignant qu'il ne lui arrivât quelque accident, elle pria le jeune ouvrier de le faire monter avec lui, en lui recommandant de le bien tenir. Quand il fut au bord du toit, Charles dit qu'il voulait y marcher tout seul; et comme l'ouvrier ne voulait pas le laisser en liberté, le mutin se débattit si bien, qu'il tomba, entraînant le pauvre garçon dans sa chute. L'ouvrier se démit l'épaule et l'on fut obligé de le mettre au lit.
Grand désespoir à la maison!
Quand M. et Mme Nizerolles rentrèrent pour dîner, et qu'ils apprirent le malheur qui était arrivé, ils furent très-alarmés. Il fallut raconter les détails de l'accident, et la bonne fut bien grondée. Pendant les six semaines que l'ouvrier passa au lit, Charles témoigna beaucoup de repentir de ce qu'il avait fait. On le trouva souvent à genoux près du lit du malade, et la bonne Mme Nizerolles pensa que cette leçon le corrigerait.
Charles avait huit ans quand sa belle-mère lui donna une petite soeur. Il en fut d'abord enchanté; mais bientôt, voyant qu'on s'occupait beaucoup de cette petite, il prétendit qu'on n'aimait qu'elle; que toutes les complaisances et les petits mots d'amitié étaient pour mademoiselle, et il voulut qu'on la mît en nourrice. Mme Nizerolles supporta patiemment ce nouveau caprice et pleurait quand elle était seule, se repentant d'avoir si mal élevé le fils de son mari. Elle n'osait plus témoigner la moindre tendresse à sa petite fille en présence de Charles, et s'en dédommageait quand elle était seule avec l'enfant.
Un jour qu'elle berçait sa fille sur ses genoux, en lui disant tous les jolis mots que les mères adressent à leurs petits enfants pour témoigner leur tendresse, Charles entra et se mit dans une telle colère qu'il s'en roulait par terre.
«Qu'on renvoie cette petite, criait-il, je n'entends pas qu'elle reste ici! J'y étais avant elle! qu'elle sorte de la maison!»
M. Nizerolles, attiré par le bruit, sortit de son cabinet, et prenant le petit furieux dans ses bras, il lui dit:
«Ta soeur ne quittera pas la maison, mauvais garnement, mais ce sera toi. Puisque nous ne savons pas t'élever, je vais te mettre en meilleures mains; car ici tu deviendrais un mauvais sujet.»
On attela la voiture, et, malgré les prières de Mme Nizerolles et les larmes de la bonne, le père de Charles le conduisit au lycée de la ville voisine où ils arrivèrent le soir très-tard.