Charles avait la mauvaise habitude de mettre la main dans les plats qu'on servait à table, ce qui impatientait son père au dernier point; mais M. Nizerolles était si faible qu'il ne savait pas contrarier sa femme ni son fils. Un jour, on servit un macaroni tout bouillant; Charles s'empressa d'allonger le bras pour en prendre.
«Fais attention, mon ami, dit sa belle-mère; tu vas te brûler!»
Charles n'en fit qu'à sa tête, comme à l'ordinaire, et il prit une pleine main de macaroni; mais il se brûla si fort qu'on entendit ses cris dans toute la maison. La peau de la main fut détachée et il y eut grand mal. Pendant plus d'un mois, il porta la main en écharpe, et il ne fut plus tenté de mettre la main au plat.
M. et Mme Nizerolles passaient tout l'été à la campagne. Au bas de leur jardin se trouvait une prairie traversée par une petite rivière. Chaque jour on défendait à Charles d'aller seul au bord de l'eau. Un matin que tout le monde était occupé, Charles se sauve du côté du pré et se met à cueillir des fleurs sur le bord de la rivière; voulant avoir un bel iris jaune qui était un peu éloigné de la rive, il se penche et tombe dans l'eau.
Charles ne manquait ni d'esprit ni de courage; voyant que personne n'était à portée de le secourir, il se cramponna à une branche de saule pleureur qui pendait dans l'eau et se mit à crier le plus haut qu'il put. Ce fut son père qui l'entendit le premier et vint le retirer de la rivière. Cette petite aventure lui fit passer l'envie d'aller tout seul au bord de l'eau.
La tante de Charles ayant amené ses deux fils pour passer la journée avec lui, il fut assez aimable jusqu'au dîner, se trouvant fort heureux d'avoir des camarades, parce que son mauvais caractère avait éloigné de lui tous les enfants qui le connaissaient. Mais quand il fallut se mettre à table, Charles, qui venait de se disputer avec l'aîné de ses cousins, ne voulut pas qu'il dînât avec lui; tout ce qu'on put dire pour faire passer ce caprice fut inutile. Le cousin, bon petit garçon et fort bien élevé, demanda lui-même à manger à la petite table. Quand le soir fut venu, Charles, qui s'était remis à jouer avec ses cousins, leur demanda quand ils reviendraient le voir, en disant qu'il fallait que ce fût bientôt, parce qu'il s'amusait beaucoup avec eux.
«Mon ami, dit la tante, je n'amènerai plus tes cousins ici, parce que je craindrais qu'en les laissant avec toi ils ne prissent tous tes caprices; et je ne veux pas que mes enfants soient insupportables à tout le monde.»
Charles, tout confus, alla pleurer auprès de sa belle-mère, qui dit que la tante était trop sévère pour cet enfant.
«Non, dit M. Nizerolles, ma soeur n'est pas trop sévère; elle a raison de bien élever ses fils.»
Si le dîner n'était pas servi quand Charles avait faim, sa bonne le menait à la cuisine, et la cuisinière découvrait toutes les casseroles pour qu'il choisît ce qu'il voulait manger; et, s'il désirait du rôti, on coupait une aile de la volaille qui était encore à la broche.