Après s'être reposée tout le reste de la journée, Catherine se coucha de bonne heure. Le lendemain elle éveilla Jeanne de bon matin; elle l'habilla et lui lava les mains et le visage; puis, après lui avoir fait faire sa prière, elle lui dit:

«Ma fille, il faut que j'aille à notre village pour prier maître Guillaume de m'amener ici notre pauvre mobilier. Je ne peux pas t'emmener, tu es trop petite pour faire tant de chemin; tu ne marcherais pas pendant trois lieues de suite. Si la mère Nannette, qui est une brave femme, veut bien te garder avec elle pendant ce temps-là, j'irai trouver maître Guillaume, et tu m'attendras ici; je coucherai dans sa grange, et demain de bonne heure je serai de retour.»

La petite Jeanne pleura un peu; mais, quand elle eut considéré la bonne figure de la mère Nannette, elle dit qu'elle voulait bien rester; Catherine partit, et Jeanne, s'approchant tout doucement de la mère Nannette, lui dit:

«Voulez-vous m'emmener aux champs avec vous? je garderai bien les oisons.

--Oui, ma Jeanne, je ne demande pas mieux.»

Après l'avoir fait déjeuner avec elle, la mère Nannette amena les oisons sous le noyer, et Jeanne les garda pendant que la vieille femme détachait sa vache et sa chèvre. Cette petite s'entendait si bien à conduire les oies et à les empêcher de faire du dommage, que la mère Nannette en était tout étonnée.

Vers les dix heures, comme il commençait à faire chaud, elles firent rentrer les bêtes, qui ne voulaient plus manger dehors, parce qu'elles étaient tourmentées par les mouches. Jeanne voulut ensuite aller à l'herbe; elle en ramassa un bon petit paquet qu'elle lia dans son tablier, et elle le posa sur sa tête en le maintenant avec ses deux petites mains, pour le rapporter à la maison. La mère Nannette lui donna des prunes pour son goûter; et, quand la chaleur fut tombée, elles firent sortir encore les bestiaux, et ne les ramenèrent qu'à la brune, en passant par l'abreuvoir. On leur donna pour la nuit une grande partie de l'herbe qui avait été ramassée. La mère Nannette fit une bonne soupe aux pommes de terre, et Jeanne, qui n'était pas habituée à en avoir de pareille, en mangea une grande assiettée; puis elle se coucha. L'enfant était bien un peu lasse, mais très-contente d'avoir aidé la mère Nannette.

La mère Nannette mène Jeanne à la messe.

Le lendemain, en s'éveillant, la petite Jeanne appela sa mère; puis, se souvenant qu'elle n'était pas là, elle se leva, s'habilla et pria la mère Nannette de la laver et de la peigner, comme faisait Catherine; ensuite, elle se mit à genoux et fit sa prière.

«Quelles prières sais-tu? lui demanda la mère Nannette.