--Qu'a-t-il donc? Quel est ce genre d'infirmité?

--Je n'en sais rien, madame: c'est comme s'il ne gouvernait pas sa volonté. Quand je ne suis pas avec lui, il n'est bon à rien. Pour le faire parler un peu raisonnablement, je suis obligée de le tenir par la main pendant tout le temps qu'il parle. Il est comme les tout petits enfants, il aime tout ce qui brille. Je l'ai mené en ville: il avait envie de tout ce qu'il voyait chez les orfèvres et chez les marchands de cristaux; il n'a aucune idée du danger; enfin, si je le laissais faire, il donnerait tout ce qu'il y a chez nous.»

Mme Isaure chanta avec sa fille un air très doux. Louis se leva, pleura, et demanda un autre air quand celui-là fut fini; on le contenta, et, en partant, il mit les mains de sa marraine sur ses yeux trempés de larmes. Elle lui donna une timbale d'argent bien claire, ce qui lui fit oublier la tristesse que lui causait toujours la musique.

«Tu boiras tous les jours dans ce gobelet, Louis, afin de penser toujours à moi.

--Oui, marraine, je penserai à vous qui chantez comme les anges.»

Mariage de Nannette.

Quand Jeanne fut rentrée dans la maison, elle s'occupa d'écrire à Sylvain et à Paul pour leur annoncer le mariage de leur soeur. Sylvain répondit tout de suite qu'il était fort heureux de voir sa soeur entrer dans une honnête famille et devenir la femme d'un aussi brave garçon que Jean Jusserand. Il ajoutait qu'il se faisait une grande fête de venir aux noces et de s'y retrouver au milieu de tous leurs amis. On n'avait aucune nouvelle de Paul, et Jeanne commençait à s'en inquiéter sérieusement, quand elle reçut, par occasion, une lettre du maréchal chez lequel il travaillait, à Issoudun: cette lettre renfermait celle que Jeanne avait écrite à son fils et une pièce de quarante francs.

Le maréchal lui annonçait le départ de Paul, qui l'avait quitté depuis plus d'un mois, à la suite d'une contestation qu'ils avaient eue ensemble. Le malheureux garçon faisait le maître dans la boutique et brusquait les ouvriers; il était même allé jusqu'à manquer de respect au patron, qui l'avait tancé vertement. Le lendemain matin, Paul n'ayant pas paru, l'on monta dans sa chambre, et l'on reconnut qu'il était parti dans la nuit, sans même régler son compte avec le maréchal, qui se trouvait lui devoir les quarante francs qu'il envoyait à Jeanne. Du reste, cet homme rendait le meilleur témoignage sur la probité et le travail de Paul.

Jeanne fut très-affligée en voyant que son fils ne se corrigeait pas, et surtout en ne sachant plus où le prendre.

Le mariage de Nannette se fit en son temps. Sylvain vint aux noces de sa soeur, comme il l'avait promis; c'était tout à fait un monsieur, mais il ne s'en montrait pas plus fier, et il était facile de voir qu'il éprouvait un véritable plaisir à se retrouver au milieu de sa famille et de ses bons voisins. Il causait avec ses camarades d'enfance tout comme s'il n'eût jamais quitté le village. Tout cela ne consolait pas Jeanne, qui eût préféré le voir cultivateur.