Les députés du sénat demandèrent avec beaucoup de soumission du temps pour assembler le conseil et en délibérer; M. de Seignelay leur accorda jusqu’à cinq heures du soir, et leur dit que s’ils passaient cette heure, ce ne serait plus les mêmes conditions; et qu’ils devaient s’attendre à la désolation de leur ville s’ils n’accordaient pas ce qu’il leur demandait de la part de sa majesté. Cependant l’armée se mit en état, et les galiottes se portèrent sous le canon de la ville, et si près que le commandant des galères de Gênes envoya prier M. de Seignelay de faire retirer ces bâtimens qui étaient sous son canon; à quoi l’on ne fit aucune réponse.
Sur les quatre heures et demie, les Génois, au lieu de venir rendre compte de leur délibération, tirèrent sur nos galiottes, lesquelles commencèrent à jeter ses bombes dans la ville, et ont continué jusqu’au 22, que M. Seignelay fit cesser le feu et envoya le major des vaisseaux leur dire qu’il était informé du désordre que les bombes avaient fait dans leur ville, qu’ils étaient encore à temps de répondre aux propositions qu’il leur avait faites; ils demandèrent jusqu’au lendemain, ne pouvant pas répondre sur l’heure sans s’assembler.
Le lendemain matin, M. de Seignelay ne recevant point de réponse, fit recommencer de jeter des bombes. Quelque temps après, ils envoyèrent un homme sans caractère dire qu’ils ne pouvaient pas s’assembler sous le feu et à la chaleur des bombes; que leur consolation était qu’ils n’avaient point mérité le traitement qu’ils recevaient, et que toute la chrétienneté se plaindrait. On recommença à tirer de part et d’autre, et à résoudre la descente qui avait été projetée.
Le 24, deux heures avant jour, M. le marquis d’Amfreville, chef d’escadre, fit une fausse attaque du côté de l’est, proche les infirmeries, avec six-cent hommes, et M. le duc de Mortemart fit une descente à la pointe du jour à Saint-Pierre d’Arène, avec deux mille cinqcents hommes...
L’on débarqua proche un pont du côté de l’ouest, vis-à-vis une enceinte de murailles, où on trouva une forte résistence, d’où les ennemis firent un très-grand feu: s’y étant retranchés, ils en furent vigoureusement chassés...
M. le chevalier de Lery se fit porter proche un marais rempli de roseaux et un petit bois couvert, où une partie des ennemis s’était retirée, et d’où ils continuèrent de faire un très-grand feu, pour leur ôter la communication d’un pont qui leur était fort avantageux; quelques-uns se cachèrent dans les palais, et nous tuèrent assez de monde, sans pouvoir découvrir d’où venait le feu. Une autre partie des ennemis gagna du côté de l’est, vers la fanal; MM. les chevaliers de Jourville et de Berthomas, avec d’autres officiers des vaissaux et des galères, les suivirent, et coupèrent le chemin à ceux qui pouvaient venir du côté de la ville.
M. le duc de Mortemart ayant fait poster le reste de ses troupes en divers endroits du faubourg du côté de la ville, et ayant donné les ordres nécessaires pour s’en rendre le maître, ordonna qu’on fît débarquer les artifices, et qu’on commençat de mettre le feu au faubourg du côté de la ville, toujours en se retirant jusqu’au lieu où l’on avait fait le débarquement, et d’où il fit sa retraite après que le feu eût été mis par tout le faubourg.
M. le chevalier de Noailles, lieutenant-général des galères, et M. le commandant de la Bretesche, chef d’escadre, furent commandés, avec dix galères, pour cannoner les batteries du fanal, et pour favoriser la descente et la retraite de nos troupes; six galères par M. le chevalier de Breteuil, chef d’escadre, pour soutenir les galiottes, et les quatre autres par M. le comte de Beuil, capitaine de galère, pour la fausse attaque de M. le marquis d’Amfreville.
Cette action ne se fit pas sans une perte considérable de part et d’autre. Dalla biblioteca Imperiale di Parigi, Mélanges de Clairembot, vol. 257, p. 319.
Un altro ragguaglio sta nell’archivio degli Affari stranieri, Genova 1683-84, pag. 203: Sur les premières nouvelles qu’on reçut à Gênes que l’armée navale du roi venait de ce côté-là, les marchands français y furent menacés par le peuple, et ne purent depuis sortir quoi que ce soit de leurs maisons, parce que leurs voisins les en empêchèrent; lorsque la flotte parut, les menaces devinrent plus violentes, et les Français ne voyant pas de sûreté pour leur vie, prirent le parti d’abandonner leurs biens et leurs familles pour se retirer les uns dans la ville, les autres dehors dans des couvents de religieux. D’abord qu’ont eut tiré les premières bombes, on pilla les principaux, sans même épargner le sieur Aubert, consul de la nation, on enfonça les portes de leurs boutiques, on prit leur argent, leurs marchandises; et leurs papiers, aussi bien que leurs livres de compte furent brûlés ou déchirés.