—En douteriez–vous par hasard?
—Non, je nʼen doute guère... Seulement jʼai été bien éprouvée depuis quelques mois, et, si les pieds restent agiles, des fois le cœur ne lʼest plus.
—Voyons! Quelle blague!
—A la fin je me suis dit: «Sacrée Bluette, si cʼest vrai que tu es née danseuse, il faut bien que tu recommences!»
—Voilà qui est bien pensé, madame Bluette. Cʼest ce que je dis toujours, moi, quand je vois des figures mornes: «Faut pas sʼen faire!... Faut pas sʼen faire!...» A la fin des fins, madame Bluette, qui est–ce qui vous en dira merci?
—En effet, Sanderini...
—Et alors, à quoi bon? Faut pas sʼen faire! Le sac est déjà très lourd à porter, sans quʼon y ajoute soi–même des pierres. Et puis, un beau jour, quand vous aurez le cœur libre et que vous ferez, comme une benne ménagère, la révision de votre compte de semaine, en voyant tout ce quʼil y a eu de cassé, de fripé, de perdu, sans le moindre bénéfice, vous nʼaurez quʼune chose à vous dire, ma pauvre Bluette: «Dieu, que jʼétais aveugle! que jʼétais aveugle!» Vous mʼexcusez, nʼest–ce pas, si je vous parle avec tant de franchise?
—Je vous écoute sans protester, cher Sanderini. Vous êtes un homme dʼexpérience, et rien ne mʼempêche de croire que vous avez positivement raison...
—Mais, en tout cas, je ne suis point venu pour vous faire de la morale. Un Sanderini moraliste, un Sanderini cautériseur dʼâmes, voilà un métier pour lequel je ne me connais point dʼaptitudes! Jʼen fais bien dʼautres, si vous voulez, et je mʼen tire dʼune façon décente, quoiquʼon me tienne pour un larron des plus fieffés... Mais pour vous, madame Bluette, pour vous je nʼai que de bons sentiments, et moi, qui suis pourtant un égoïste, je saurais tout de même sacrifier mon bien–être personnel pour le plaisir de vous rendre service.
—Mon Dieu, oui, Sanderini, il y a de braves gens! Il y a de braves gens, surtout parmi ceux qui nʼont pas à chaque instant leur âme au bout des lèvres et vous la collent sur vos blessures comme du taffetas...