Monsieur le Prince,

Dans le moment dans lequel les intérêts de ma patrie me mettent dans le cas d'invoquer pour elle l'intervention de V. Ex. en sa faveur, il est bien doux pour moi de pouvoir me rappeler l'époque à laquelle j'ai eu le bonheur de faire sa précieuse connaissance.

Entraîné dans une guerre qui ne le regardait pas, le royaume d'Italie a dû passer par tous les malheurs qui en sont la conséquence; mais les événemens qui ont changé la face des choses en France, et doivent nécessairement influer sur tout le reste de l'Europe, lui présentent enfin une perspective heureuse, et l'espoir fondé de jouir de ses droits et de son indépendance, que les traités ont reconnue. Le vœu de la nation est tout-à-fait conforme aux principes proclamés par les Hautes Puissances coalisées: l'on réclame l'indépendance reconnue spécialement dans le traité de Lunéville, et l'étendue de territoire qui lui fut alors assignée; que si, par des combinaisons quelconques, une partie de ce territoire dût en être séparée, la nation se croit fondée à en demander la compensation. L'on desire, pour premier fruit de son indépendance, d'établir sa constitution sur le vrai principe, et d'une manière plus conforme aux intérêts du pays, sous le gouvernement d'un roi indépendant.

La première démarche que dans cette position nous avons cru devoir faire, a été celle d'apporter nos vœux avec confiance aux pieds des Hautes Puissances coalisées, et principalement à ceux de S. M. l'empereur d'Autriche, dont la rectitude nous est depuis long-temps connue, et dont nous avons toujours éprouvé la bienveillance. Le Sénat du royaume d'Italie, en conséquence, a nommé les comtes sénateurs Guicciardi (Diego) et Castiglioni (Louis), députés auprès d'elles pour les leur présenter. Je prends la liberté d'adresser à V. Ex. ces députés, et de les recommander à sa bonté. Les circonstances qui ont brisé chez nous les formes établies, me font espérer que V. Ex. voudra les regarder comme accredités par cette lettre auprès du gouvernement autrichien. Ses nobles principes me sont trop connus, pour que je ne doive pas fonder mes espérances pour son intervention efficace, dans une circonstance où il s'agit des droits et du bonheur d'une nation qui n'a jamais démérité par sa conduite ni par ses sentimens envers l'auguste maison d'Autriche.

Tout ce que V. E. pourra faire pour appuyer nos vœux, lui assurera notre vive et éternelle reconnaissance, et ajoutera encore ces nouveaux sentimens à ceux de mon estime pour V. E. et de mon profond respect.

Milan, le 18 avril 1814.

Le chancelier garde-des-sceaux de la couronne: par ordre de monsieur le Duc de Lodi, empêché per la goutte à la main droite.

Signé Charles Villa, Secrétaire.

N. IV.

Li 20 aprile 1814.