De ce visage rayonnait en effet, en même temps, une vaillance de race et une foi mystique dans la mission à accomplir!
Charles-Albert se regardait comme l'instrument de la Providence, il était sûr de vivre, tant que la Providence aurait besoin de lui. De là, cette même impassibilité, et sous les fleurs, et sous les balles, et devant les acclamations qui saluaient son entrée en Lombardie, et devant les insultes qui furent, après Milan, la dernière escorte du vaincu.
Il marchait, si sûr de sa mission, qu'il attribuait à d'obscures hallucinées, les visions de Catherine de Sienne, la grande libératrice.
Ici, permettez-moi encore un souvenir personnel.
Mon père, qui avait suivi le roi sur tous les champs de bataille de Lombardie, couchait le soir de la victoire de Goito, dans une mansarde au dessus de la chambre où dormait son maître.
Le plafond qui les séparait était si mince, qu'aucun bruit ne pouvait échapper à l'oreille du fidèle serviteur.
Tout à coup, au milieu de la nuit, voilà que des gémissements parviennent jusqu'à lui.
Mon père descend effrayé, entr'ouvre la porte, croyant trouver le roi malade. Mais non. Le roi est là, à genoux, les bras étendus en croix, priant tout haut.
Les larmes inondent ce visage, où nul, je crois, avant cette nuit là, ne les avait vues couler.
Mon père a toujours pensé, qu'à cette heure, Charles-Albert s'était offert à Dieu, en victime pour son peuple.