Meurtri, ballotté par tous les vents de la mauvaise fortune, ce fut «de frissons en frissons», comme dit le poète, qu'il fit la découverte de la vie.
Rien ne réchauffa son enfance délaissée. Philippe de France était né ennuyé, disait sa mère. La mère de Charles-Albert aurait pu dire avec plus de vérité encore de son fils, qu'il était né malheureux, sans que d'ailleurs, elle parut en prendre grand souci.
On ne se rend pas toujours compte du mal que font à l'enfant ses tendresses repoussées.
L'indécision, la timidité, sont les tristes suites des heurts qui l'ont tout d'abord froissé. Chez lui, les refoulements de ce besoin qu'a l'être humain d'aimer et d'être aimé, laisse d'ineffaçables traces. La timidité du premier âge devient peu à peu de la dissimulation. L'enfant, comme pour se protéger, se met alors sur le visage un masque qu'il ne quittera plus; n'osant se montrer ce qu'il est, il se grime, et se fait juger pour ce qu'il n'est pas.
Et, je vous le demande, comment ne se fût-il pas replié sur lui-même, le pauvre petit être maladif, pour qui sa mère insoucieuse ne montrait même pas la plus élémentaire pitié?
Au cœur de l'hiver, Madame de Carignan, devenue Madame de Montléart, faisait monter sur le siége de la voiture où elle courait le monde, votre futur Roi, Messieurs....
«Ce que j'ai souffert alors ne se peut exprimer, disait plus tard Charles-Albert.»
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Etrange femme vraiment, qui écrivait:
«L'Ossian de l'abbé Cesarotti fait tout mon plaisir.... Ses pensées si sont semblables aux miennes, que je ne puis me défendre des mêmes visions.»