Mais cette femme est respectée et protégée par le droit coutumier, devenu code civil, plus qu'en aucun pays de l'Europe. Le voyageur de la Ballade de Schubert, celui «qui passe en chantant et qui part sans regret», s'il pénétrait dans la famille rurale, assisterait à un spectacle vraiment touchant. Qui n'a vu chez les peuples qui se piquent de tenir la tête de la civilisation, à la mort du chef de la famille, sous la loi du Majorat, ou même dans les maisons moins fortunées, la veuve en cheveux blancs s'en aller solitaire, et laisser à son fils et à sa jeune épouse le foyer où sa vie s'est écoulée, dans un luxe devenu une habitude, dans une affection devenue un besoin? Qui n'a rencontré sur sa route, surtout dans votre beau pays, où ceux dont la vie est solitaire essaient de combler par la vue des chefs-d'œuvre et la clemence du climat, le vide d'une existence, sans amour et sans hyménée, — une sœur qui a quitté elle aussi le foyer de son frère?

Ici, la loi est la communauté; le père est le chef, chacun doit son travail à la famille toute entière et la part de chacun est la même. Tout appartenant à tous, chacun a droit à tout son entretien, et puise par part égale au bien commun. Si l'un des membres commet un délit et une faute, tous le réparent, et paient l'amende — sauf à mettre au compte du coupable, au jour du partage, le dommage qu'il a causé.

Cependant le Pécule est personnel à l'individu, et nous entendons, par pécule, tout résultat d'un travail fait à moments perdus et autorisé par tous, comme aussi tout profit qui est acquis sans travail, c'est-à-dire, un don du père retiré de la communauté après avoir pris ce qui lui revient en partage et dont il dispose à son gré, un don du Prince, une arme, une étoffe, une somme d'argent, tout gain enfin qui est le résultat soit de hasard, soit de la sympathie inspirée, soit d'une action méritoire et personnelle.

L'âge venu de s'unir à une famille nouvelle, il est permis à la jeune fille, en dehors du travail en commun pour l'avantage de tous, de travailler pour elle-même; et on fermera les yeux. A partir de ce jour on la laisse augmenter son pécule, le père, la mère, le frère peuvent y ajouter une part du leur, mais du leur seul, selon le penchant que chacun d'eux a pour celle qui va les quitter.

Dans la nouvelle famille où elle entre elle a le privilège de la même loi. Et cette fois sa dot, c'est-à-dire son Pécule, lui appartient absolument; elle en dispose sans réserve; elle n'a nulle formalité à remplir, nulle signature à obtenir; elle est personnalité civile.

Mais nous ne sommes pas dans ces républiques idéales qui ont pour base la perfection de l'homme. Dans cette communauté nouvelle où elle entre, toute injustice ou tout outrage à ce nouveau venu déchaînait autrefois la vendetta de la communauté primitive; alors le sang coulait. Le pouvoir du prince, centralisé désormais, ayant absorbé le pouvoir du clan, c'est la loi désormais qui venge. La loi seule, et un Prince au cœur tendre, à l'âme juste, et à la main ferme.

Cependant cette jeune femme est devenue veuve, le lien est rompu; que deviendra-t-elle? Elle a le droit de rester dans sa nouvelle famille sous les mêmes conditions, comme elle peut aussi revenir à l'ancienne avec le même sort — à moins cependant qu'au moment de contracter le mariage, son père lui ait donné la part à laquelle il avait droit en quittant la communauté, s'il s'en est séparé.

Ainsi donc, enfant et jeune fille, la femme est membre de la communauté. Mariée elle garde les mêmes droits dans la nouvelle, et pour mieux cimenter cette union, chaque famille ayant un patron, — prenons St. Pierre puisqu'il a des clefs, et peut ouvrir bien des portes, ou St. Nicolas, qui aime bien les enfants, — elle abandonne son patron, celui de la communauté et se fait adopter par celui de sa famille nouvelle.

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Après tant de combats, quand tout convergeait vers l'attaque ou la défense, voyons ce qu'on a fait pour l'instruction publique.