Au reste il n'est pas d'autre religion vraie, selon Lamartine, que cette expérience immédiate de l'action de Dieu en nous. La raison, que le poète, tout mystique qu'il paraisse, ne récuse point, — qu'au contraire il voudrait porter à son maximum de clarté, car
Plus il fait clair, mieux on voit Dieu[8],
la raison des philosophes se trouve d'accord avec cette expérience de l'adorateur le plus humble; oui, la raison même donne raison à la foi. Et la tradition immémoriale de l'humanité ne conclut pas dans un autre sens. Lamartine ne s'agenouille pas devant les livres sacrés; il a quelque répugnance pour les Églises, qui fragmentent l'unité; mais il croit en ce qu'il appelle naïvement «la philosophie antédiluvienne»[9], révélation primitive dont le Livre de Job nous a transmis l'essentiel, et dont les prophètes, et Jésus-Christ lui-même ne sont que les porte-parole.
Cependant tout le sens de cette révélation n'est pas exprimé encore; nous en sommes un déchiffrement de l'A B C; c'est en avant qu'il faut regarder avec espoir. Le règne de l'Esprit est à venir; l'homme, «en qui Dieu travaille», progresse lentement, mais sûrement; nous balbutions l'Evangile, dont nos descendants feront leur règle. Ayons donc bon courage et patientons. Chaque Révolution nous avance vers la Religion vraie. C'est pécher contre l'esprit que de douter de la destination sublime de l'homme:
Enfants de six mille ans qu'un peu de bruit étonne,
Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonne,
D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va;
Que vous font les débris qui jonche la carrière?
Regardez en avant, et non pas en arrière:
Le courant roule à Jéhovah![10].