NOTAS DE RODAPÉ:
[1] Vem no Diccionario de Sousa, e a harmonia, e necessidade do termo animou-me a adoptallo, parecendo-me todavia que os Camponezes o usão. A palavra Paizagens, de cuja pureza duvidei, acha-se em bons Escritores nossos, sendo hum delles Rodrigues Lobo, para mim de tanta decisão como os melhores.
LES JARDINS,
POÈME,
CHANT SECOND.
Oh! si j’avois ce luth dont le charme autrefois
Entrainoit sur l’Hémus les rochers, et les bois,
Je le ferois parler; et sur les paysages
Les arbres tout-à coup déploiroient leurs ombrages.
Le chêne, le tilleul, le cèdre, et l’oranger
En cadence viendroient dans mes champs se ranger.
Mais l’antique harmonie a perdu ses merveilles;
La lyre est sans pouvoir, les rochers sans oreilles;
L’arbre reste immobile aux sons les plus flateurs,
Et l’art, et le travail sont les seuls enchanteurs.
Apprenez donc de l’art quel soin, et quelle adresse
Donne aux arbres divers la grace, ou la richesse.
Par ses fruits, par ses fleurs, par son beau vetement,
L’arbre est de nos jardins le plus bel ornement.
Pour mieux plaire a nos yeux combien il prend de formes!
La s’étendent ses bras pompeusement informes;
Sa tige ailleurs s’elance avec legereté,
Ici, j’aime sa graçe, e la, sa majesté.
Il tremble au moindre soufile, ou contre la tempête
Roidit son tronc noueux, et sa robuste tête.
Rude, ou poli, baissant, ou dressant ses rameaux,
Veritable proteé entre les vegetaux,
Il change incessament, pour orner la nature,
Sa taille, sa couleur, ses fruits, et sa verdure.
Ces effets variés sont les trésors de l’art,
Que le goût lui defend d’employer au hasard.
Des divers plants encor la forme, et l’étendue
Sous des aspects divers se presente a la vue.
Tantôt un bois profond, sauvage, tenebreux,
Epanche une ombre immense, et tantot moins nombreux
Un plant d’arbres choisis forme un riant bocage,
Plus-loin, distribués dans un frais paysage,
Des groupes elegans fixent l’œil enchanté:
Ailleurs se confiant a sa prope beauté,
Un arbre seul se montre, et seul orne la terre.
Tels, si la paix des champs peut rappeler la guerre,
Une nombreuse armée étale a nos regards
Des bataillons épais, des pelottons epars;
Et la, fier de sa force, et de sa renomée,
Un heros seul avance, et vaut seul une armée.
Tous ces plants differens suivent diverses loix.
Dans les jardins de l’art, notre luxe autrefois
Des arbres isolés dedaignoit la parure:
Ils plaisent aujourd’hui dans ceux de la nature.
Par un caprice heureux, par de savans hasards,
Leurs plants desordonnés charmeront nos regards.
Qu’ils different d’aspect, do forme, de distance;
Que toujours la grandeur, ou du moins l’elegance,
Distingue chaque tige, ou que l’arbre honteux
Se cache dans la foule, et disparoisse aux yeux.
Mais lorsqu’un chêne antique, ou lorsqu’un vieil érable,
Patriarche des bois, leve un front vénérable,
Que toute sa tribu, se rangeant à l’entour,
S’écarte avec respect, et compose sa cour;
Ainsi, l’arbre isolé plait aux champs qu’il décore.
Avec bien plus de choix, et plus de goût encore,
Les grouppes formeront mille tableaux heureux.
D’arbres plus ou moins forts, et plus ou moins nombreux
Formez leur masse épaisse, ou leurs touffes legères:
De loin l’œil aime à voir tout ce peuple de frères.
C’est par eux que l’on peut varier ses dessins,
Rapprocher, et tantôt repousser les lointains,
Réunir, séparer, et sur les paysages
Etendre, ou replier le rideau des ombrages.
Vos grouppes sont formés: il est temps que ma voix
A connoitre un peu d’art accoutume les bois.
Bois augustes, salut! Vos voûtes poétiques
N’entendent plus le Barde, et ses affreux cantiques;
Mais un plus doux délire habite vos déserts,
Et vos antres encor nous instruisent en vers,
Vous inspirez les miens, ombres majestueuses!
Souffrez donc qu’aujourd’hui mes mains respectueuses
Viennent vous embellir, mais sans vous profaner;
C’est de vous que je veux apprendre à vous orner.
Les bois peuvent s’offrir sous des aspects sans nombre.
Ici, des troncs pressés rembruniront leur ombre:
Lá, de quelques rayons égayant ce séjour,
Formez un doux combat de la nuit, et du jour.
Plus loin, marquant le sol de leurs feuilles légères,
Quelques arbres épars joueront dans les clairières,
Et flottant l’un vers l’autre, et n’osant se toucher,
Paroitront á la fois se fuir, et se chercher.
Ainsi le bois par vous perd sa rudesse austère:
Mais n’en détruisez pas le grave caractère.
De détails trop fréquens d’objets minutieux
N’allez paz découper son ensemble á nos yeux.
Qu’il soit un, simple, et grand, et que votre art lui laisse
Avec toute sa pompe, un peu de sa rudesse.
Montrez ces troncs brisés; je veux des noirs torrens
Dans le creux des ravins suivre les flots errans.
Du temps, des eaux, de l’air n’effacez point la trace,
De ces rochers pendans respectez la menace,
Et qu’enfin dans ces lieux, empreints de majesté,
Tout respire une mâle, et sauvage beauté.
Telle on aime d’un bois la rustique noblesse.
Le bocage moins fier, avec plus de molesse
Déploie á nos regards des tableaux plus rians,
Veut un site agréable, et des contours lians,
Fuit, revient, et s’égare en routes sinueuses,
Promène entre des fleurs des eaux voluptueuses;
Et j’y crois voir encore, ivre d’un doux loisir,
Epicure dicter les leçons du plaisir.
Mais c’est peu qu’en leur sein le bois, ou le bocage
Renferment leur richesse êlégante ou sauvage;
Il en faut avec soin embellir les dehors.
Avant tout, n’allez point, symmétrisant leurs bords,
Par vos murs de verdure, et vos tristes charmilles
Nous cacher des forêts les nombreuses familles:
Je veux les voir; je veux, perçant au fond des bois,
Voir ces arbres divers qui croissent á la fois;
Les uns tout vigoureux, et tout frais de jeunesse,
D’autres tout décrépits, tout noueux de vieillesse;
Ceux-ci rampans, ceux-lá fiers tyrans des forêts,
Des tributs de la sève épuisant leurs sujets:
Vaste scène, où des mœurs, de la vie, et des àges,
L’esprit avec plaisir reconnoit les images.
Près de ces grands effets, que sont ces verts remparts
Dont la forme importune attriste les regards,
Forme toujours la même, et jamais imprévue?
Riche variété, délices de la vue,
Accours, viens rompre enfin l’insipide niveau,
Brise la triste équerre, et l’ennuyeux cordeau.
Par un mêlange heureux de golphes, de saillies,
Les lisieres des bois veulent être embellies.
L’œil, qui des plants tracés par l’uniformité
Se dégoûte, et s’élancé á leur extrêmité,
Se plaît á parcourir, dans sa vaste étendue,
De ces bords variés la forme inattendue;
Il s’égare, il se joue en ces replis nombreux;
Tour-á-tour il s’enfonce, il ressort avec eux;
Sur les tableaux divers que leur chaîne compose
De distance en distance avec plaisir repose:
Le bois s’en aggrandit, et, dans ses longs retours,
Varie á chaque pas son charmee et ses détours.
Dessinez donc sa forme, et d’abord qu’on choisisse
Les arbres dont le Goût prescrit le sacrifice.
Mais ne vous hâtez point; condamnez á regrêt:
Avant d’exécuter un rigoureux arrêt,
Ah! songez que du temps ils sont le lent ouvrage,
Que tout votre or ne peut racheter leur ombrage,
Que de leur frais abri vous goûtiez la douceur.
Quelquefois cependant un ingrat possesseur,
Sans besoin, sans remords les livre á la cognée.
Renversés sur le sein de la terre indignée,
Ils meurent; de ces lieux s’éxilent pour toujours
La douce rêverie, et les discrets amours.
Ah! par ces bois sacrés, dont le feuillage sombre
Aux danses du hameau prêta souvent son ombre,
Par ces dômes touffus qui couvroient vos ayeux,
Profanes, respectez ces troncs religieux;
Et quand l’âge leur laisse une tige robuste,
Gardez-vous d’attenter á leur vieillesse auguste.
Trop-tôt le jour viendra que ces bois languissans,
Pour céder leur empire á de plus jeunes plants,
Tomberont sous le fer, et de leur tête altière
Verront l’antique honneur flétri dans la poussiere.
O Versaille! ô regrêts! ô bosquets ravissans,
Chefs-d’œuvre d’un grande Roi, de Le Nôtre, et des ans!
La hâche est á vos pieds, et votre heure est venue.
Ces arbres dont l’orgueil s’élançoit dans la nue,
Frappés dans leur racine, et balançant dans l’air
Leurs superbes sommets ébranlés par le fer,
Tombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routes
Sur qui leurs bras pompeux s’arondissoient en voûtes:
Ils sont détruits, ces bois, dont le front glorieux
Ombrageoit de Louis le front victorieux,
Ces bois, où célébrant de plus douces conquêtes,
Les arts voluptueux multiplioient les fêtes!
Amour, qu’est devenu cet asyle enchanté
Qui vit de Montespan soupirer la fierté?
Qu’est devenu l’ombrage où si belle et si tendre,
A son amant surpris, et charmé de l’entendre,
La Valière apprenoit le secret de son cœur,
Et sans se croire aimée avouoit son vainqueur?
Tout périt, tout succombe; au bruit de ce ravage
Voyez-vous point s’enfuir les hôtes du bocage?
Tout ce peuple d’oiseaux fiers d’habiter ces bois,
Qui chantoient leurs amours dans l’asyle des Rois,
S’exilent á regret de leurs berceaux antiques.
Ces Dieux, dont le ciseau peupla ces verds portiques,
D’un voile de verdure autrefois habillés,
Tous honteux aujour d’hui de se voir dépouillés,
Pleurent leur doux ombrage; et, redoutant la vue,
Vénus même une fois s’étonna d’être nue.
Croissez, hâtez votre ombre, et repeuplez ces champs,
Vous, jeunes arbrisseaux; et vous, arbres mourans,
Consolez-vous. Témoins de la foiblesse humaine,
Vous avez vu périr et Corneille, et Turenne:
Vous comptez cent printemps, hélas! et nos beaux jours
S’envolent les premiers, s’envolent pour toujours!
Heureux donc qui jouit d’un bois formé par l’âge;
Mais trop heureux aussi qui créa son bocage!
Ces arbres, dont le temps prépare la beauté,
Il dit comme Cyrus: »C’est moi qui les plantai.«
Vous donc, si de vos plants vous êtes maitre encore,
Craignez qu’avant le temps ils se pressent d’éclore.
Tel qu’un peintre, arrêtant ses indiscrets pinceaux,
Long-tems dans sa pensée ébauche ses tableaux,
Ainsi de vos desseins méditez l’ordonnance.
Des sites, des aspects connoissez la puissance,
Et le charme des bois aux côteaux suspendus,
Et la pompe des bois dans la plaine étendus.
Ainsi que les couleurs, et les formes amies,
Connoissez les couleurs, les formes ennemies.
Le frêne aux longs rameaux dans les airs élancés,
Repousseroit le saule aux longs rameaux baissés.
Le verd du peuplier combat celui du chêne;
Mais l’art industrieux peut adoucir leur haine;
Et de leur union médiateur heureux,
Un arbre mitoyen les concilie entr’eux.
Ainsi par une teinte avec art assortie,
Vernet de deux couleurs éteint l’antipathie.
Connoissez donc l’emploi de ces différents verds,
Brillans ou sans éclat, plus foncés ou plus clairs.
C’est par ces tons changeans qu’au sein des paysages
Vous pouvez avec choix varier les ombrages,
Produire des effets tantôt doux, tantôt forts,
Des contrastes frappans, ou de moelleux accords.
Observez-les sur-tout, lorsque la pâle automne,
Près de la voir flétrie, embellit sa couronne:
Que de variété, que de pompe, et d’éclat!
Le pourpre, l’orangé, l’opale, l’incarnat
Le leurs riches couleurs étalent l’abondance.
Hélas! tout cet éclat marque leur décadence.
Tel est le sort commun. Bientôt les aquilons
Des dépouilles des bois vont joncher les vallons;
De moment en moment la feuille sur la terre,
En tombant, interrompt le réveur solitaire.
Mais ces ruines même ont pour moi des attraits.
Lá, si mon cœur nourrit quelques profonds regrets,
Si quelque souvenir vient r’ouvrir ma blessure,
J’aime á mêler mon deuil au deuil de la nature.
De ces bois desséchés, de ces rameaux flétris,
Seul, errant, je me plais á fouler les débris.
Ils sont passés les jours d’ivresse, et de folie;
Viens, je me livre á toi, tendre mélancolie;
Viens, non le front chargé des nuages affreux
Dont marche enveloppé le chagrin ténébreux,
Mais l’œil demi-voilé, mais telle qu’en automne
A travers des vapeurs un jour plus doux rayonne:
Viens, le regard pensif, le front calme, et les yeux
Tout prêts á s’humecter de pleurs délicieux.
Mais tandis que mon cœur nourrit ces rêveries,
D’arbustes, d’arbrisseaux mille races fleuries
M’appellent á leur tour. Venez, peuple enchanteur,
Vous êtes la nuance entre l’arbre, et la fleur;
De vos traits délicats venez orner la scene.
Oh! que si moins pressé du sujet qui m’entraine,
Vers le but qui m’attend je ne hâtois mes pas,
Que j’aurois de plaisir á diriger vos bras!
Je vous reproduirois sous cent formes fécondes;
Ma main sous vos berceaux feroit rouler les ondes;
En dômes, en lambris j’unirois vos rameaux;
Mollement enlacés autour de ces ormeaux,
Vos bras serpenteroient sur leur robuste écorce,
Emblème de la grace unie avec la force:
Je fondrois vos couleurs, et du blanc le plus pur,
Du plus tendre incarnat jusqu’au plus sombre azur,
De l’œil rassasié variant les délices,
Vos panaches, vos fleurs, vos boules, vos calices,
A l’envi s’uniroient dans mes brillans travaux,
Et Van Huysum lui-même envieroit mes tableaux.
Pour vous á qui le ciel prodigua leur richesse,
Ménagez avec art leur pompe enchanteresse:
Partagez aux saisons leurs brillantes faveurs;
Que chacun apportant ses parfums, ses couleurs,
Reparoisse á son tour, et qu’au front de l’année
Sa guirlande de fleurs ne soit jamais fanée.
Ainsi votre jardin varie avec le temps:
Tout mois a ses bosquets, tout bosquet son printemps,
Printemps bientôt flétri! Toutefois votre adresse
Peut consoler encor de sa courte richesse.
Que par des soins prudens tous ces arbres plantés,
Quand ils seront sans fleurs, ne soient pas sans beautés.
Ainsi l’adroite Eglé prolongeant son empire,
Au déclin des beaux ans sait encor nous séduire.
Le ciel même, malgré l’inclemence de l’air,
N’a pas de tous ses dons déshérité l’hiver;
Alors des vents jaloux défiant les outrages,
Plusieurs arbres encor retiennent leurs feuillages.
Voyez l’if, et le lierre, et le pin résineux,
Le houx luisant, armé de ses dards épineux,
Et du laurier divin l’immortelle verdure,
Dédommager la terre, et venger la nature.
Voyez leurs fruits de pourpre, et leurs glands de corail
Au verd de leurs rameaux mêler un vif émail.
Au milieu des champs nus leur parure m’enchante,
Et plus inespérée en paroit plus touchante.
De vos jardins d’hiver qu’ils ornent le séjour.
Là, vous venez saisir les rayons d’un beau jour.
Là, l’oiseau, quand la terre ailleurs est dépouillée,
Vole, et s’égaie encor sous la verte feuillée,
Et trompé par les lieux ne connoit plus les temps,
Croit revoir les beaux jours, et chante le printemps.
Ainsi ce doux réduit plait sans être factice.
Mais les jardins des rois avec plus d’artifice,
Avec plus d’appareil triomphent des hivers.
J’en atteste, ô Mouceaux, tes jardins toujours verds,
Là, des arbres absens les tiges imitées,
Les magiques berceaux, les grottes enchantées,
Tout vous charme á la fois. Là, bravant les saisons,
La rose apprend á naitre au milieu des glaçons;
Et les temps, les climats vaincus par des prodiges;
Semblent de la Féerie épuiser les prestiges.
Cependant la Féerie, et ses enchantemens
Ne sont pas des jardins les plus doux ornemens.
L’habitude bientôt a flétri vos bocages,
Souvent, quand l’étranger jouit de vos ombrages,
Déja leur possesseur languit sans intérêt.
N’est-il pas des moyens dont le charme secret
Vous rende leur beauté toujours plus attachante?
Oh! combien des Lapons l’usage heureux m’enchante!
Qu’ils savent bien tromper leurs hivers rigoureux!
Nos superbes tilleuls, nos ormeaux vigoureux,
De ces champs ennemis redoutent la froidure:
De quelques noirs sapins d’indigente verdure
Par intervalle á peine y perce les frimats;
Mais le moindre arbrisseau qu’épargnent ces climats,
Par des charmes plus doux á leurs regards sait plaire:
Planté pour un ami, pour un fils, pour un père,
Pour un hôte qui part, emportant leurs regrets,
Il en reçoit le nom, le nom cher á jamais.
Vous, dont un ciel plus pur éclaire la patrie,
Vous pouvez imiter cette heureuse industrie:
Elle animera tout. Vos arbres, vos bosquets
Dès-lors ne seront plus ni déserts, ni muets;
Ils seront habités de souvenirs sans nombre,
Et vos plaisirs absens embelliront leur ombre.
Qui vous empêche encor, quand les bontés des dieux!
D’un enfant désiré comblent enfin vos vœux,
De consacrer ce jour par les tiges naissantes
D’un bocage, d’un bois?... Mais tandis que tu chantes,
Muse, quels cris dans l’air s’élancent á la fois?
Il est né l’héritier du sceptre de nos rois!
Il est né! Dans nos murs, dans nos camps, sur les ondes,
Nos foudres triomphans l’annoncent aux deux mondes,
Pour parer son berceau c’est trop peu que des fleurs;
Apportez les lauriers, les palmes des vainqueurs.
Qu’á ses premiers regards brillent des jours de gloire;
Qu’il entende en naissant l’hymne de la victoire;
C’est la fête qu’on doit au pur sang de Bourbon.
Et toi, par qui le ciel nous fit cet heureux don,
Toi, qui, le plus beau nœud, la châine la plus chère
Des Germains, des François, d’un époux, et d’un frère,
Les unis, comme on voit de deux pompeux ormeaux
Une guirlande en fleurs enchainer les rameaux;
Sœur, mère, épouse auguste; enfin la destinée
Joint au deuil du trépas les fruits de l’hyménée,
Et mêlant dans tes yeux les larmes, et les ris,
Quand tu perds une mère, elle te donne un fils.
D’autres, dans les transports que ce beau jour inspire,
Animeront la toile, ou le marbre, ou la lyre;
Moi, l’humble ami des champs, j’irai dans ce séjour
Où Flore, et les Zéphirs composent seuls ta cour,
J’irai dans Trianon: lá, pour unique hommage,
Je consacre á ton fils des arbres de son âge,
Un bosquet de son nom. Ce simple monument,
Ces tiges, de tes bois le plus cher ornement,
Tes yeux les verront croitre, et croissant avec elles;
Ton fils viendra chercher les ombres fraternelles.
Enfin vous jouissez, et le cœur, et les yeux
Chérissent de vos bois l’abri délicieux.
Au plaisir voulez-vous joindre encore la gloire?
Voulez-vous de votre art remporter la victoire?
Déjá de nos jardins heureux décorateur,
Ajoutez á ces noms le nom de créateur.
Voyez comme en secret la nature fermente;
Quel besoin d’enfanter sans cesse la tourmente.
Et vous ne l’aidez pas! Qui sait dans son trésor
Quels biens á l’industrie elle réserve encore?
Comme l’art á son gré guide le cours de l’onde,
Il peut guider la sève; á sa liqueur féconde
Montrez d’autres chemins, ouvrez d’autres canaux.
Dans vos champs enrichis par des hymens nouveaux,
Des sucs vierges encor essayez le mêlange;
De leurs dons mutuels favorisez l’échange.
Combien d’arbres, de fruits, de plantes, et de fleurs,
Dont l’art changea le goût, les parfums, les couleurs!
La pêche a dû sa gloire á ces métamorphoses.
D’un triple diadême ainsi brillent les roses,
De son panache ainsi l’œillet s’énorgueillit.
Osez. Dieu fit le monde, et l’homme l’embellit.
Que si vous n’osez pas essayer ces conquêtes,
Combien sous d’autres cieux de richesses sont prêtes!
Usurpez ces trésors. Ainsi le fier Romain,
Et ravisseur plus juste, et vainqueur plus humain,
Conquit des fruits nouveaux, porta dans l’Ausonie
Le prunier de Damas, l’abricot d’Arménie,
Le poirier des Gaulois, tant d’autres fruits divers.
C’est ainsi qu’il falloit s’asservir l’univers.
Quand Lucullus vainqueur triomphoit de l’Asie,
L’airain, le marbre, et l’or frappoient Rome éblouie;
Le sage dans la foule aimoit á voir ses mains
Porter le cérisier en triomphe aux Romains.
Et ces mêmes Romains n’ont-ils pas vu nos pères
En bataillons armés, sous des cieux plus prospères
Aller chercher la vigne, et vouer à Bacchus
Leurs étendards rougis du nectar des vaincus?
Du fruit de leurs exploits leurs troupes échauffées,
Rapportoient, en chantant, ces précieux trophées,
De guirlandes de pampre ils couronnoient leurs fronts:
Le pampre sur leurs dards s’enlaçoit en festons.
Tel revint triomphant le Dieu vainqueur du Gange.
Les vallons, les côteaux celébroient la vendange;
Et par-tout où coula la nectar enchanté,
Coururent le plaisir, l’audace, et la gaieté.
Enfans de ces Gaulois, imitons nos ancêtres;
Enlevons, disputons ces dépouilles champêtres.
Voyez dans ces jardins, fiers de se voir soumis
A la main qui porta le sceptre de Thémis,
Le sang des Lamoignon, l’éloquent Malesherbes
Enrichir notre sol de cent tiges superbes.
Là, des plants rassemblés des bouts de l’univers,
De la cime des monts, de la rive des mers,
Des portes du couchant, de celles de l’aurore,
Ceux que l’ardent midi, que le nord voit éclore,
Les enfans du soleil, les enfans des frimats,
Me font, en un lieu seul, parcourir cent climats.
Je voyage, entouré de leur foule choisie,
D’Amérique en Europe, et d’Afrique en Asie.
Tous, parmi nos vieux plants charmés de se ranger,
Chérissent notre ciel, et l’heureux étranger,
Des bords qu’il a quittés reconnoissant l’ombrage,
Doute de son exil á leur touchante image,
Et d’un doux souvenir sent son cœur attendri.
Je t’en prends á témoin, jeune Potaveri.
Des champs d’O-Ttaiti, si chers á son enfance,
Où l’amour, sans pudeur, n’est pas sans innocence,
Ce sauvage ingénu dans nos murs transporté,
Regrettoit en son cœur sa douce liberté,
Et son isle riante, et ses plaisirs faciles.
Ebloui, mais lassé de l’éclat de nos villes,
Souvent il s’écrioit: «Rendez-moi mes forêts»
Un jour, dans ces jardins où Louis á grands frais
De vingt climats divers en un seul lieu rassemble
Ces peuples végétaux surpris de croître ensemble,
Qui, changeant á la fois de saison, e de lieu,
Viennent tous á l’envi rendre hommage á Jussieu,
L’indien parcouroit leurs tribus réunies,
Quand tout-á-coup, parmi ces vertes colonies,
Un arbre qu’il connut dés ses plus jeunes ans
Frappe ses yeux. Soudain, avec des cris perçans
Il s’elance, il l’embrasse, il le baigne de larmes,
Le couvre de baisers. Mille objets pleins de charmes,
Ces beaux champs, ce beau ciel qui le virent heureux,
Le fleuve qu’il fendoit de ses bras vigoureux,
La forêt dont ses traits perçoient l’hôte sauvage,
Ces bananiers chargés, et de fruits, et d’ombrage
Et le toit paternel, et les bois d’alentour,
Ces bois qui répondoient á ses doux chants d’amour,
Il croit les voir encore, et son ame attendrie,
Du moins pour un instant, retrouva sa patrie.
FIN DU SECOND CHANT.