Monsieur mon Frère. Les voeux et les sentiments grands, nobles et généreux de Votre Majesté Impériale et ses lumières supérieures m'engagent et m'autho-risent à lui écrire dans la conjoncture présente, avec une entière confiance, liberté et ouverture du coeur, sur ce qui regarde nos intérêts communs.
Je sais la répugnance extrême de Votre Majesté Impériale d'entrer dans aucune liaison avec le duc d'Hanover et je n'ignore pas les justes motifs qu'elle a de souhaiter, que la France concoure avec elle pour agir en ma faveur avec une plus grande certitude de succès; et comme je suis persuadé que Votre Majesté Impériale, a fortement à coeur la justice de ma cause et qu'elle en regarde le soutien comme également glorieux et avantageux pour elle-même, je ne doute point qu'elle ne reèoive avec satisfaction ce que j'ai à lui proposer maintenant sur ce sujet.
S'il était question de conquérir l'Angleterre, j'ose dire que Votre Majesté Impériale et la France unis ensemble pouraient avec toute leur puissance rencontrer les plus grandes difficultés à réussir dans ce dessein; mais grâce à Dieu il ne s'agit pas d'une entreprise aussi vaste et difficile. 11 suffit de mettre mes fideles sujets en état de rentrer dans leur devoir et de secouer un joug, qui leur devient tous les jours plus insuportable et au quel s'ils paraissent à présent en quelque faèon se soumettre, c'est par obéissance à mes ordres réitérés pour ne pas exposer mal à propos mes amis et pour être en état de profiter d'avantage de leur zèle quand ils pourront être appuyés par une force étrangère; car quoique la nation en général est entièrement portée en ma faveur et que parmi les troupes mêmes, soumises aux ordres du Duc d'Hanover j'ai un nombre d'amis, néanmoins je suis résolu de ne point les exposer sans une nouvelle certitude de succès; mais aussi dans la disposition présente, où la nation se trouve, elle n'attend que l'arrivée de quelques troupes étrangères pour se déclarer presque unanimement en ma faveur, mes véritables amis les joindront sur le champ, les plus timides seront encouragés, ceux, qui ne pensent qu'à leurs propres intérêts ne risqueront pas de s'opposer à moi, et on a grande raison de croire que la ville de Londres ne tarderait pas à se declarer pour moi; tandis que le peu de partisants qui resteraient au Duc d'Hanover ne se trouveraient plus en état de faire aucune résistance: ce ne sont pas ici de vaines idées, ou des espérences flateuscs, que je présente à Votre Majesté Impériale, mais des informations certaines et assurées, dont elle verra les effets, si elle juge à propos d'entrer dans la proposition, que je veux faire. Je ne demande à Votre Majesté Impériale que cinq milles hommes pour venir à but de mon dessein, ce nombre étant suffisant pour autoriser et appuyer une révolution générale dans la nation, il sera nécéssaire qu'elle envoie avec eux un général sage et expérimenté et pour assurer d'avantage le secret; elle pourra les faire embarquer à Àrkangel d'où elle pourra les faire partir sans éclat ou soupèon de leur véritable déstination, par ou elle n'aura pas besoin que d'un très leger equippement pour leur escorte. Il faudrait, que cet embarquement se fit en été et que l'on mit les troupes à terre le plus près de Londres qu'il fut possible, quoique l'essentiel est que l'on les débarque dans quelque endroit de l'île, n'importe où, parceque toutes les pro vinces de la Grande Brétagne sont bien intcntionées pour moi, et mécontentes du présent gouvernement dont Tunique soutient aprésent consiste dans le crédit des fonds publiques lesquelles seront infailliblement abimés à la première nouvelle d'un débarquement. Votre Majesté Impériale a un grand avantage aprésent. et c'est que le gouvernement d'Angletterre se croit dans une parfaite sûreté par le moyen de leur étroite liaison avec la France, liaison qui vous donne par là une mervcuilleuse facilité pour l'entreprise en question et la quelle ne nous doit pas d'ailleurs faire croire qu'elle s'opposera à ce que vous aurez entrepris en ma faveur, car comme cette liaison n'est fondée que sur un trop grand empressement de conserver la paix à quelque prix que ce soit, ce même principe la portera plutôt à seconder vos justes desseins, quand elle verra l'effet prompt, qu'aura produit les troupes, que vous aurez envoyé dans la Grande Bretagne.
Votre Majesté Impériale voit les bonnes dispositions de la Majesté Catholique envers moi, quoique la situation présente ne lui permetra pas d'agir ouvertement en ma faveur, jusqu'à ce que l'affaire soit entamée, et la Hollande même dans ce cas se gardera bien d'agir contre nous.
A l'égard de la dépense de cette entreprise Votre Majesté Impériale connaît ma situation, mais cependant je trouverai toujours le moyen d'avoir vingt cinq milles pistoles à son service. Du reste je la supplie et la conjure de considérer mûremeut sur ces chefs et si elle entre dans ce que je propose, de ne communiquer la résolution qu'ici, et autant qu'il sera nécéssaire pour l'execution; elle pourra envoyer quelqu'un de confiance ici pour traiter avec moi, ou si elle le juge plus à propos, lorsque je saurais ce que Votre Majesté Impériale pourra attendre de moi ou pour le présent ou pour l'avenir, j'enverrais mes instructions et mes pleins pouvoirs à l'admirai Gordon, qui lui rendra cette lettre et qui est au fait de ces machines. Il est de la dernière importance qu'on les traite avec le secret le plus universel entre Votre Majesté Impériale et moi directement sans passer par aucuns autres canaux dans les pays étrangers.
Permettez-moi pour finir de féliciter Votre Majesté Impériale sur le mariage de la Princesse Sa fille avec le Duc de Holstein et de l'assurer que je n'ambitionne rien d'avantage que de pouvoir contribuer à la reussité de ses si justes desseins quand elle m'aura remise sur le thrône étant prêt d'entrer dès à présent dans les engagements à cet effet. Votre Majesté Impériale est comme elle voit en état seule et par elle-même de finir ce grand ouvrage c'est d'elle et d'elle seule que j'ose tout esperer, et je la prie de croire, que ma reconnaissance pour ce qu'elle fera en ma faveur n'aura d'autres bornes que mon pouvoir et ne céssera jamais.
Monsieur mon Frère
de Votre Majesté Impériale le bon frère
Jacques R.
II.