La famille, chez tous les Slaves, est fortement développée: c'est là peut-être le grain de conservatisme de cette race, la limite de leur négation.
La famille possédant en commun est le prototype de la commune.
La famille rurale n'aime pas à se diviser en plusieurs foyers; l'on voit souvent trois, quatre générations vivant sous le même toit, et dirigées patriarcalement par un grand-père ou un grand-oncle. La femme, généralement opprimée, ainsi qu'on le voit partout dans la classe agricole, commence en Russie à être respectée lorsqu'elle est veuve de l'ancien de la famille.
Il n'est point rare de voir toute la gestion des affaires confiée à l'autorité d'une grand'mère aux cheveux blancs. Est-ce bien là une preuve que la famille n'existe pas en Russie?
Passons aux seigneurs dans leurs rapports avec la famille serve.
Mais pour la clarté du récit, distinguons la norme des abus, les droits des crimes.
Le droit du seigneur n'a jamais existé chez les Slaves.
Le propriétaire ne peut légalement exiger ni les prémices d'un mariage, ni l'infidélité aux liens conjugaux. Si la loi était exécutée en Russie, il serait puni également pour le viol d'une femme serve, comme pour un attentat contre une femme libre; c'est-à-dire qu'il encourrait les travaux forcés ou l'exil en Sibérie, avec perte de tous ses droits, selon la gravité des circonstances. Telle est la loi; regardons les faits.
Je ne prétends point contester qu'avec la position sociale que le gouvernement a faite aux seigneurs, il ne leur soit très facile
De débaucher les filles et les femmes de leurs serfs. A force я'oppression, de punitions, le seigneur trouvera toujours des maris qui lui céderont leurs femmes, des pères qui lui amèneront burs filles, tout comme ce brave gentilhomme français, des Mémoires de Peuchot, qui implorait, en plein dix-huitième siècle, la grâce spéciale de placer sa fille dans le Parc-aux-Cerfs.