119. Э. ГЕРВЕГ

24 (12) октября 1849 г. Женева.

Le 24 oct 49. Genève.

Vous êtes admirable de bonté, d'attention, d'exactitude; si j'avais la possibilité de parler à la fois toutes les langues connues par Mezzofanti je ne pourrais pas venir à bout de vous remercier en parlant de suite deux ou trois mois. Me trouvant dans cet état, j'ai pensé, que la meilleure chose serait de remplacer les remerciements par de nouvelles commissions.

M-r Boucault n'est pas un bavard certes, il n'a pas même cru nécessaire de m'avertir qu'il a reèu les 1300 fr, il m'a écrit que le locataire lui а рауé environ 500 fr (et pourtant l'arithmétique c'est la science la moins vague, et certainement les 500 fr ont des environs immenses puisqu'il у a placé les 800 fr). Je serais enchanté de donner une procuration à m-r Laugrand -- j'attends à présent une lettre de m-r B, s'il ne m'envoie pas l'argent, je ferai un divorce avec lui.

Grâce vous soit rendue pour le récit des événements qui ont motivé la retraite de Sas -- elle est ridicule, elle est indélicate, d'autant plus qu'il ne m'en a pas parlé. Mais ce qu'il y a de plus ridicule encore, c'est qu'on n'a pas admis son article dans le spécimen, après l'avoir très mal composé. Save-vous que le spécimen a tué ici la Voix P, vous verrez un de ces jours Bamberger -- demandez-lui. A propos, il faudrait faire sa connaissance avec Edmond, c'est un homme d'une grande érudition et qui aime le travail, il ne demande pas mieux que d'envoyer des articles.

Vous ne pouvez pas vous imaginer quel drôle d'effet èa produit hors de Paris, lorsqu'on lit dans un journal que, faute de place, on n'insère pas des lettres de Blind et de Teleki -- et quand on lit ensuite cette longue et monotone rumination des cancans ministériels et une anthologie choisie de tous les journaux parisiens. Ce n'est pas ainsi qu'on fait un organe européen. Il faut quelquefois sortir de cette atmosphère parisienne, pour voir comme personne ne s'intéresse à ces détails, qui paraissent graves seulement jusqu'au Bois de Boulogne.

Il faut enfin un journal où, le 1er Paris même parlerait du mouvement européen, où la France descendrait au rôle secondaire, qu'elle a si bien mérité, -- même par cette obstination de vouloir encore absorber toute l'attention des lecteurs par les petites misères de son monde officiel. Un journal pareil est impossible avec une rédaction franèaise, le seul homme capable serait Proudhon, mais il n'est pas dans une position favorable.

Je vous envoie le spécimen d'un journal suisse. Il n'ira pas -- peu de moyens pécuniaires et l'oppression du dehors et du dedans.

Adieu, je vous présente mes salutations amicales.