У меня нет даже времени перечитать письмо; так вот, еще раз повторяю: да, я заслуживаю вашего расположения; да, я протягиваю вам руку до более обстоятельного объяснения и даю торжественное обязательство во всяком случае приехать туда, где вы будете, и возобновить, если угодно, наш разговор. В моей жизни были, быть может, только две более значительные встречи, чем встреча с вами, -- это с Ог<аревым> и Нат<али>, -- неужели же вы думаете, что у меня хватит легкомыслия расстаться с вами?...

143. Г. ГЕРВЕГУ

18 (6) января 1850 г. Париж.

18 janvier 1850. Paris.

Vous pensez, cher Georges, ou plutôt vous ne le pensez pas, mais vous l'écrivez: "Eh quel plaisir trouvez-vous à ces vivisections", -- mais est-ce que vous ne voyez pas que mon scalpel est à double tranchant et qu'il s'enfonce autant dans ma poitrine que dans la vôtre.

Oh, que j'étais malheureux tout ce temps, vous m'avez dit dans la 2e lettre quelque chose dans le genre qu'il n'est pas beau de faire parade de ses sentiments. Qui au monde a parlé le moins de sentiment? Je suis très sobre, je suis même très candide sous ce rapport. -- Et je m'abstiens, même à présent.

C'était un orage qui passa par ma poitrine -- une crise, mais nous pouvons à présent, après nous avoir heurtés, commencer une seconde existence, qui, peut-être, sera basée sur une sympathie encore plus large. N'avez-vous donc jamais remarqué que chaque fois lorsque nous passâmes des soirées entières avec vous en parlant de la politique, jusqu'aux calembours -- nous étions tellement d'accord, même en disputant -- que chacun dévelop

la pensée de l'autre? Et tout le contraire, lorsque les questions devenaient psychologiques, individuelles, ici nous nous heurtions toujours, -- chez moi un réalisme serein, un humanisme sympathique l'emportait toujours, -- chez vous non. Cela serait. encore une différence individuelle, mais je voyais là-dessous un élément de sûreté égoïstique -- qui me faisait monter le sang à la tête. Peut-être j'exagérais quelquefois -- mais j'en souffrais d'autant plus -- que j'avais déjà rencontré le même élément (sous une forme moins anguleuse et peut-être moins irritante, -- mais plus implacable) -- dans Natalie. De vous trios -- ne m'en voulez point -- с'est le seul Ogareff qui ne m'а jamais froissé.

Lorsque j'ai vu que cet élément prenait le dernier temps chez vous de plus en plus racine, lorsque j'ai vu que N commenèait à partager même la théorie -- atroce (passez-moi le mot), sophistique en faveur de sa propre personne, je sentis qu'il fallait parler. Nous avons parlé à Berne. Vous m'avez confondu par les sentiments; mais d'après vos lettres je vois que vous vous échappez vous-même, vous vous sauvez de la critique, du regard dans votre poitrine -- par les sentiments. -- Vous appelez ma manière de raisonner frivole -- je ne le crois pas. Regardez les résultats. Vous inculpez à présent Emma -- ce n'est pas à vous de le faire. Elle a fait des imprudences, elle a outrepassé peut-être la mesure dans quelques observations etc... mais dites, de grâce, pourquoi ne lui avez-vous pas écrit que vous cherchiez à présent de rester quelque temps seul pour vous recueilir, -- elle aurait tout fait, tout souffert... Mais ce qui la rendit irritée et malheureuse с'est l'attente perpétuelle. C'est que vous n'avez donné pas une seule solution sérieuse à ses questions, -- non, ce n'est pas frivolité lorsque je dis qu'une amie a au moins droit à l'attention, -- et vous le sentiez aussi, mais vous ne vouliez pas vous forcer. "Ces victoires ne vous font pas de plaisir", -- m'avez-vous dit è Berne.

Cher Herwegh, encore une fois, ne vous fâchez pas -- mais le résultat de ce principe est tout net -- il faut donc rester seul ou prendre les amis quelquefois pour quelque chose d'offensable. Vous ne m'avez jamais en rien offensé personnellement, au contraire, je voyais dans chaque mot, dans chaque geste effusion, amour. Mais je ne pouvais vous pardonner votre laisser-aller mutin avec les autres (c'est tout le contraire de la jalousie) et encore plus envers Emma. Mon Dieu, mon Dieu, comment cela s'est fait que je sois là entre vous deux, cela s'est fait d'une manière tellement naturelle, que je n'ai pas même eu de doute en vous écrivant ma première letter -- si j'en avais le droit ou non.