3. Г. ГЕРВЕГУ

5 апреля (24 марта) 1850 г. Париж.

5 avril 1850.

Tu prêches, cher Georges, un converti. Je ne me berce d'aucune espérance, oui, c'est la dissolution, le monde se désagrège, mais le principe désagrégeant a changé de caractère, et d'une fièvre lente il s'est développé en une phtisie galopante. -- Il y a quelque chose de triste et d'horrible dans ce spectacle de la mort triomphante. Tout se tient debout et a l'air fort, solide, mais dès qu'on y touche -- èa croule, les muscles n'existent pas, il n'y a que l'épiderme et les os.

Des efforts convulsifs, des torrents de sang, par vengeance, dépit, désespoir -- tout cela peut arriver, -- mais le triomphe est impossible pour le vieillard comme au jour d'aujourd'hui pour l'enfant.

C'est bien dommage que tu ne sois pas ici -- c'est un état de choses tout à fait nouveau. Le parti répub

• forme une force compacte qui se connaît et qui n'a pas de chefs. Tous les noms sont taris, il y a des hommes qui ont quelque influence, mais pas de meneurs, pas de chefs. La Montagne est méprisée, Girardin n'inspire pas beaucoup de conf, le National encore moins, Pr en prison. Comment se fait-il donc qu'il y ait unité, discipline -- c'est dans ce fait immense que je vois tout ce que les deux années ont produit de conduite et de tact dans les masses. Mais je citerai encore une fois Cromwell -- tout cela n'est que l'opposition, réaction contre la réaction, digue qui s'est élevée pour s'opposer à ce débordement de compression -- "tout cela sait ce qu'on ne veut pas" -- mais ne sait pas ce qu'on veut. -- Et c'est précisément la position de l'autre parti: les autres ne se sont jamais rendu compte ce qu'ils feront, l'autorité une fois sauvée, augmentée, multipliée -- n'est-ce pas le chaos! Je dirai franchement que ce spectacle m'occupe comme une tragédie, comme une collision qui se déroule avec complications, collisions terribles, mais à laquelle on ne prend pas de part active, autrement que par Wißbegierde, et par cet intérêt passionné que l'homme porte à tout ce qui est tragique, menaèant, orageux. Il y a encore un élément qui agace l'intérêt -- c'est que dans une position pareille l'on ne peut rien prévoir, l'imprévu y règne, comme rien n'est stable -- tout peut arriver et peut-être rien. Et c'est dans ces époques que l'individu se sent le plus libre -- et qu'on répète le vanitas vanitatum de tout ce qui paraissait sérieux. Mais enfin, c'est assez, je suis las de cette fièvre, et de l'autre, de la fièvre du billet.

Dès que la réponse sera venue, je me déciderai à partir pour aller vous rejoindre, et pour passer au moins l'été -- tranquillement, perdu dans le montagnes ou dans la mer.

Pense mûrement au projet du testament. Peut-être il serait plus raisonnable d'attendre la réponse, elle ne peut tarder à présent.

Emma commence derechef à s'ennuyer ici, elle pourrait, je crois, partir avant nous, c'est même utile pour l'économie -- aller à Berne, au reste je ne comprends rien de ce que tu as contre Zurich, ce serait le point où nous nous trouverions pour nous en aller...